Classé dans : Blues, Rock | Tags: Ana Carolina, Blues, Brasil, Brésil, Chatterton, Folie, Rock, Serge Gainsbourg, Seu Jorge, suicide

Dans la nuit tiède du cynisme, on complote. On se demande quelle vilénie encore va pouvoir peupler nos lendemains, quelle idiotie amusante on va pouvoir faire subir aux autres, quel détachement d’artiste on va pouvoir arborer. C’est un luxe que certains ne peuvent pas se permettre. Pour eux, deux solutions et demi : le suicide ou la folie. Ou (la demie-part), l’effort pour être un honnête homme, honnête d’abord avec lui-même et ses cahots.
C’est alors une libération. On peut légitimement énumérer, comme Seu Jorge et sa consoeur Ana Carolina ici en public, sur une musique de Serge Gainsbourg, la liste des victimes. Thomas Chatterton, le gosse qui se buta à l’arsenic à 17 ans, a les honneurs de présider. Et nous tous de conclure : "Et moi, je ne vais pas très bien."
Classé dans : Funk | Tags: 1976, Afrique, Afrobeat, Funk, Ghana, Marijata, Modernité, No Condition Is Permanent, Résignation, Révolution, Voodoo Funk

Et pourquoi faudrait-il être intrusif et méchant ? Et pour quelle étrange raison, germée dans quel esprit tourmenté, faudrait-il nécessairement peiner avec des scrupules pour survivre ? Aucune fatalité, aucune loi naturelle, ne nous oblige à être une conscience embrûmée, résignée à la vantardise et à la honte. Seul l’abandon. No condition is permanent, disait les ghanéens funky de Marijata en 1976.
Il y a depuis bien longtemps plusieurs choses dont je me méfie, puisqu’elles sont les ambassadrices de cette mentalité : le téléphone portable, les plateaux de télévision, les causes d’Internet, le cinéma d’aujourd’hui, le prime-time, l’angoisse du dimanche soir. C’est en cela que je suis moderne. Comme beaucoup, c’est ce qui fait de moi un enfant du XXIe siècle.
Classé dans : Soul, Télévision | Tags: 2012, Bill Withers, Londres, Marion Black, Michael Kiwanuka, Otis Redding, San Francisco, Soul, Tottenham

Avec cet été qui n’arrive pas, mettons nos blousons doublés, fourrons nos mains dans les poches et sortons errer dans les terrains vagues de nos villes. Nous ferons ainsi comme nos pères, s’ils ne se sont pas trop vite convertis à la lumière d’abattoir de la vie bourgeoise. Nous ferons ainsi comme nos grands frères, qui ont été tristes avant nous.
Le gamin londonien Michael Kiwanuka, supporter de Tottenham et de Bill Withers, s’y trouve avec une grande chanson pleine de cuivres nigérians, de flutes de San Francisco et d’appels à l’aide du maître d’hôtel Marion Black. Passer l’après-midi avec lui permet de savoir quoi faire de nos nuits.
Classé dans : Jazz, Soul | Tags: Asmara, Asmarina, Eritrea, Erythrée, Ethiopia, Ethiopie, Fender, Feqadu Amdemesqel, guitare, Jazz, Léonard Vincent, Les Erythréens, Nostalgie, Paradis, Rivages, seventies, Soul, trompette

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.
Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.
Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à tous — cette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.
Classé dans : Funk | Tags: Brooklyn, Dirt Road, Funk, G's Way, Gérald Bonnegrace, Idris Muhammad, jardin, JC Moine-keys, Leo Morris, Loran's Dance, seventies, Seventy Seven

Ils sont cousins. Ils fréquentent le même jardin où nous nous sommes aventurés pour souffler un peu. Ils se tiennent à peu de distance l’un de l’autre. La promenade avec eux est libre et mélancolique, portée par l’impulsion d’une basse méthodique. Dans les embellies de leurs cuivres, nos visages se réchauffent quelques instants au soleil. Dans l’ombre de leur groove, on se prend à rêver d’avoir le temps d’être enfin paresseux.
Ici, sur notre seuil, dans nos salles, voici la "route poussiéreuse" du môme Gérald Bonnegrace, alias G’s Way (avec JC Moine). Ce nouvel artisan français d’un funk appliqué, acidulé comme le méchant petit Fender Rhodes qui surgit à 3"30, trempe un délicieux biscuit à la cannelle dans le moka de l’afrobeat. Là-bas, dans notre passé, voici la "danse" aguicheuse de Loran, animée comme une marionnette pour adultes par le plus brooklynien des barbus, Leo Morris, alias Idris Muhammad.
En sortant du jardin, il faut s’asseoir dans un café et leur sourire, tour à tour, avant de retourner à nos vies pluvieuses.
Cliquez sur la photo pour accéder au Bandcamp de G’s Way et écouter librement le splendide "Dirt Road" dont il est question ici, mais aussi l’intégralité d’un album impeccablement autoproduit : Seventy Seven.
Classé dans : Blues, Soul | Tags: 1969, Blues, Californie, clavecin, guitare, hippie, Londres, Los Angeles, Memphis, Oxford Gray, Shuggie Otis, Soul, Swinging London, Tennessee

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.
Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.


