Inner City Blog


No confidence

Et pourquoi faudrait-il être intrusif et méchant ? Et pour quelle étrange raison, germée dans quel esprit tourmenté, faudrait-il nécessairement peiner avec des scrupules pour survivre ? Aucune fatalité, aucune loi naturelle, ne nous oblige à être une conscience embrûmée, résignée à la vantardise et à la honte. Seul l’abandon. No condition is permanent, disait les ghanéens funky de Marijata en 1976.

Il y a depuis bien longtemps plusieurs choses dont je me méfie, puisqu’elles sont les ambassadrices de cette mentalité : le téléphone portable, les plateaux de télévision, les causes d’Internet, le cinéma d’aujourd’hui, le prime-time, l’angoisse du dimanche soir. C’est en cela que je suis moderne. Comme beaucoup, c’est ce qui fait de moi un enfant du XXIe siècle.



Afternoon wandering

Avec cet été qui n’arrive pas, mettons nos blousons doublés, fourrons nos mains dans les poches et sortons errer dans les terrains vagues de nos villes. Nous ferons ainsi comme nos pères, s’ils ne se sont pas trop vite convertis à la lumière d’abattoir de la vie bourgeoise. Nous ferons ainsi comme nos grands frères, qui ont été tristes avant nous.

Le gamin londonien Michael Kiwanuka, supporter de Tottenham et de Bill Withers, s’y trouve avec une grande chanson pleine de cuivres nigérians, de flutes de San Francisco et d’appels à l’aide du maître d’hôtel Marion Black. Passer l’après-midi avec lui permet de savoir quoi faire de nos nuits.



Lost sister

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.

Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.

Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à touscette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.



Distant brothers

Ils sont cousins. Ils fréquentent le même jardin où nous nous sommes aventurés pour souffler un peu. Ils se tiennent à peu de distance l’un de l’autre. La promenade avec eux est libre et mélancolique, portée par l’impulsion d’une basse méthodique. Dans les embellies de leurs cuivres, nos visages se réchauffent quelques instants au soleil. Dans l’ombre de leur groove, on se prend à rêver d’avoir le temps d’être enfin paresseux.

Ici, sur notre seuil, dans nos salles, voici la “route poussiéreuse” du môme Gérald Bonnegrace, alias G’s Way (avec JC Moine). Ce nouvel artisan français d’un funk appliqué, acidulé comme le méchant petit Fender Rhodes qui surgit à 3″30, trempe un délicieux biscuit à la cannelle dans le moka de l’afrobeat. Là-bas, dans notre passé, voici la “danse” aguicheuse de Loran, animée comme une marionnette pour adultes par le plus brooklynien des barbus, Leo Morris, alias Idris Muhammad.

En sortant du jardin, il faut s’asseoir dans un café et leur sourire, tour à tour, avant de retourner à nos vies pluvieuses.

Cliquez sur la photo pour accéder au Bandcamp de G’s Way et écouter librement le splendide “Dirt Road” dont il est question ici, mais aussi l’intégralité d’un album impeccablement autoproduit : Seventy Seven.

Photo : Aurélie Chevallier



Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



Trip room

Une longue absence, donc un disque à la main… Sortie d’on ne sait où, vers Washington DC avec un père saxophoniste en uniforme, voici Meshell Ndegeocello. Cette dame a donné naissance, sur un dernier album polymorphe, à un oeuf-bijou enchanté et maléfique, une bulle obscure et chic dans laquelle se plaint une femme opprimée, un longue plaidoirie d’avocate des night-clubs et des droits du peuple : Rapid Fire.

En ouvrant la porte de la chambre d’où provient la musique, on respire pour notre envoûtement l’air de la Cold Wave et de ses prophètes noirs, mêlé au chant rituel d’Iggy Pop, dans la fumée de Gil Scott Heron.



Kinky new year
31 décembre 2011, 4:05
Filed under: Funk | Tags: , , , , , , , ,

Après une année épouvantable, voici enfin la conclusion, la fin, le temps de l’autre temps.

On souhaitera volontiers aux volontaires réunis ici d’envoyer enfin paître les bigots de tous acabits, de renoncer aux crèmes trop musquées de la bourgeoisie, de cesser de vénérer les trésoriers et les directeurs du personnel, d’aimer des femmes parfumées de sourires et armées de fusils à canon scié — que celles-ci leur offrent de longues journées un peu pornographiques en riant, qu’elles appuient sur une gâchette vide et qu’elles cassent les verres de champagne qu’elles auront vidés pour eux, avant de monter dans la chambre.

Soyez bénis si alors vous aimez ça. Voici la prière que feront en votre honneur les anges délurés du Funkadelic, après avoir promis de “lècher vos émotions funky” quand vous aurez “sucé leur âme”.



Divine comedy
17 décembre 2011, 12:23
Filed under: Blues, Cinéma | Tags: , , , , , ,

Empoignez d’abord votre bouteille de Jack Daniel’s à moitié pleine et avalez une rasade. Assurez-vous qu’il vous reste des cigares. Vérifiez que vos péchés sont à vif, vos secrets honteux et la grâce à vos côtés. Entourez-vous maintenant de vieux chats touchés, comme vous, par le rayon transfigurateur des fées du blues et enfilez votre chemise de prisonnier, en faisant bien attention à vous être préalablement vêtu d’un impeccable T-shirt blanc d’ange des bayous. Devisez. Affrontez le diable d’homme à homme. Attrapez votre harmonica dans votre main droite et servez.

… On ne peut idiotement visionner le chef d’oeuvre ci-dessous que directement sur YouTube



The Prince of California
29 novembre 2011, 7:19
Filed under: Funk, Jazz, Télévision | Tags: , , , , ,

Réveillez-vous, le jazz funk n’est pas mort et vous non plus. Le temps de mettre un peu de charbon bien noir dans sa locomotive groovy, le nouveau venu Gregory Porter, puissant prince renégat de Californie, nous le rappelle. Le véhicule royal de “1960 What ?” avance sur ses turbines dorées sans se soucier de nos excuses. De nos paresses. De nos résignations. Un peu de pureté souveraine dans ce monde de chats ingrats, enfin.



Hear them up
27 novembre 2011, 6:53
Filed under: Funk | Tags: , , , , , , ,

Du tumulte, oui. Quatre minutes d’antenne dans une émission pour petits Blancs, on n’a guère besoin de plus pour en faire. George Clinton et sa bande du Funkadelic, en pleine démonstration de boucan spirituel, ne le font dire à personne, dans cet “I Got A Thing (You Got A Thing, We Got A Thing, Everybody’s Got A Thing)”, opuscule révolutionnaire, wahwah, costumes, guitares électriques, afros et tout le tralala.




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