Inner City Blog


Wah-Wah Odyssea
31 mars 2010, 4:36
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C’est beaucoup moins Isaac « Black Moses » Hayes qui brille des mille feux du soleil dans « Do Your Thing », cet incroyable titre en forme de générique de fin, cette descente hallucinée dans les excès du groove et du rock figurant en piste quasi-finale de la BO du film Shaft… que Charles Pitts, son guitariste.

C’est « Skip » Pitts aussi qui alluma sa wah-wah pour faire éclore le légendaire thème du film, que le grand frère Isaac Hayes avait accepté de mettre en musique en dépit de sa déception de n’avoir pas été choisi pour le rôle-titre. « Skip » Pitts encore, boucle d’oreille et tempes rasées brillant sur son crâne acajou, qui se promène avec nonchalance et force le long de « Soulville » ou des instrumentaux urbains de l’une des plus belles bandes originales qui aient été composées.

« Skip » Pitts enfin, qui est l’auteur de l’un des plus invraisemblables chorus de guitare qui aient été gravés sur vinyle, toute pédale et cervelle allumées, une odysée hendrixienne dans les bas-fonds du son Stax, ici à partir de 2 minutes 10 et malheureusement interrompu après 8 minutes d’échappée, mais avant la fin cataclysmique que l’on retrouve sur le disque.



Six feet two of dynamite

Dans l’histoire des blaxnanards, « Cleopatra Jones » est sans doute l’un des plus grands succès des années 70. Ce grand chat de Tamara Dobson, alternative soulsister de James Bond, s’écorche à coups de griffes calibre 6.35 avec une movie-star blonde de la télévision des années 60, Shelley Winters, et à sa bande de costards-cravate. Tout en excès, grimaces et injures, cette vedette de cinéma sur le retour endosse tant bien que mal le rôle d’une vilaine Scarface blanche jurant pendant 80 minutes d’avoir la peau de la bombe à neutrons en fourrure qui décime sa funky connection.

En arrière-plan (notamment sous les dernières images de la bande-annonce ci-dessous) se déroule une bande originale méconnue, dont le thème principal est chanté par Joe Simon & The Mainstreeters et qui vaut sans coup férir une épopée archéologique chez son marchands de vinyles oubliés.



Sure, I’m sure
30 mars 2010, 1:35
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Orphelin à 12 ans, engagé dans la marine à 17, ouvrier chez Ford à 26, Bill Withers était tellement convaincu que le show-business n’était pas un monde sur lequel il pouvait compter qu’il a conservé sa place à l’usine, même après le succès phénoménal d’Ain’t No Sunshine.

En 1972 sortait l’album « Still Bill » où figure cette superstar qu’est « Use Me », interprétée ici, avec un col roulé orange et une guitare acoustique banale, en compagnie d’un quarteron de partenaires en goguette, décontractés et parfaitement réglés, un jalon dans l’histoire de la soul, une pierre blanche dans un jardin de lave froide, l’histoire d’un homme amoureux d’une garce vénale, jouissant de l’alcool subtil d’un mauvais amour en dépit des humiliations.

Non, pas de surprise ici. L’assurance des nos certitudes.



Sweet as a Bacardi-Coke
29 mars 2010, 4:50
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Rien à dire, Lonnie Liston Smith a créé quelque chose comme l’essence du jazz funk dans « Expansions« . Un grand titre tout en contrebasse fouillant le cœur du groove et passages de flûte, pédale wawa accouplée au prince des pianos Fender, conduits dans leur carrosse par un triangle obsédant… A peine remarqué, le morceau est survolé par le grand toucan multicolore d’une voix de mâle un peu frimeur, mais d’une douceur de Bacardi-Coke.

L’ancien Jazz Messenger de Baltimore, qui a débuté avec les Supremes et a fait un bout de route avec Miles Davis, déroule sa théorie de l’élasticité de l’esprit tout au long d’un beau vinyl brillant, dans ce film proposé ici en haute qualité stéréo.



A sunday kinda cat
28 mars 2010, 11:59
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Les dimanches pluvieux ont ceci de particulier que la musique leur donne, dans son irradiation, une coloration changeante, comme ces bâtons d’encens qui soudain revêtent les chambres d’une lumière apaisante, hypnotique ou musquée. Du silence, ils basculent dans un autre monde quand un disque s’y installe.

Cette performance live de ce gros matou de B.B. King est de cet ordre-là, dans sa perfection, colorant d’un halo bleu les plus longs après-midi de solitude.

Les dimanches ont un prix, nous apprend ici le professeur Riley B. « Blues Boy » King du Mississipi.



Bell bottoms and wool jackets
27 mars 2010, 1:16
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Chaque année entre 1970 et 1984, les hit-parades devaient intégrer les zozos britannico-jamaïcains mal fagotés de Hot Chocolate dans leurs dix premières places. « You Sexy Thing » est sans doute leur étendard le plus souvent déployé, avec sa guitare lourdingue de parade dans un stade de football, ses violons à peine disco, ses congas d’hôtel-club et l’étrange « I believe in miracles » d’Errol Brown qui sonne comme une envolée glamrock de David Bowie.

Cette chanson ressemble au jean’s à pattes d’éléphant et aux gilets de laine que l’on mettait alors aux enfants et aux grands chapeaux mous que portaient nos cousines.



Jazz junkies
27 mars 2010, 12:43
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Ceux qui n’ont jamais senti la chenille psychédélique du jazz s’insinuer délicieusement sous leur peau n’ont pas la chance de connaître l’addiction à un standard, un titre, une balade, la mixture envoûtante de chocolat et d’amour qui envahit les jazz junkies.

Ce titre écrit par Horace Silver, accompagné (et non suivi) par sa bande de pointures, est de cet ordre. Du reste, le pianiste à la mèche tombante a bien choisi son titre : « Creepin’ In ».