Inner City Blog


Meanwhile in Addis

On dit que lors d’un pélerinage à Jérusalem en 1924, le Ras Tafari, le futur empereur d’Ethiopie Haile Selassie, rencontra une fanfare d’enfants arméniens rendus orphelins par les massacres commandés par la Sublime Porte de l’empire ottoman. Impressionné par leurs trompettes, trombones et tambours, il ordonna qu’on les fasse rentrer avec lui à Addis-Abéba et qu’ils deviennent l’orchestre impérial, contraignant quarante enfants déracinés à s’installer sur les hauts-plateaux abyssiniens pour y faire d’improbables jam sessions avec d’énigmatiques joueurs de krar et de begena, les lyres éthiopiennes.

Cet ordre impérial fit en quelque sorte émigrer le jazz, le klezmer, la litanie tzigane, la balade de montagnard et les complaintes de bistrots au pays du Negus, contaminant si bien la capitale qu’une vingtaine d’années plus tard, l’orchestre des gardes du corps de l’empereur paradait dans les night-clubs en smokings lamés façon Glenn Miller et que la « fleur nouvelle » dont avait rêvé le roi du Choa Menelik II est devenue, jusqu’à la prise de pouvoir des brutes du Derg en 1974, cette Swinging Addis qui donna naissance, notamment, à la puissante voix de feutre et au swing de derviche tourneur de l’ancien cireur de chaussures Mahmoud Ahmed.

Que l’on n’attende pas de moi que j’entende cette rengaine géniale sans penser aux eucalyptus qui dominant la ville d’où pendent des rubans multicolores et à la radio de la vieille Toyota de Zerihun.


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