Inner City Blog


Spring soul sandwich
29 avril 2010, 2:34
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Faites griller deux tranches de soul colorée jusqu’à obtenir une légère dorure scintillante, caressez d’une fine couche de beurre violoné à peine disco, ajoutez une feuille de bonne volonté naïve, bien rincée à l’eau froide, sur laquelle vous couchez en croix deux belles entailles de joie finement salée, couvrez d’une grosse rondelle de télévision pour rafraîchir et saupoudrez de quelques inconnus émondés que vous aurez fait légèrement sauter sur des projecteurs. Fermez avec un trait de génie de marque « O’Jays ». Servez tiède l’après-midi, avec une limonade glacée.



41 Fosbery Road, Calabar (Nigeria)
27 avril 2010, 6:27
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Je ne suis jamais allé à Calabar, mais je m’y rendrai un jour sans doute, à force de passer à l’ouest, à l’est, au nord et au sud de cette cité balnéaire mythique du Nigeria, je vais finir par me retrouver embourbé dans ses lagunes et ses inondations.

C’est de là que l’affreux Charles Taylor, se sachant traqué par le monde entier, Abuja et Interpol réunis, tenta de fuir en 2006 vers on ne sait où, vers le sud, vers le Cameroun, dans une vieille Jeep, sous un mauvais déguisement, une valise gonflé de plusieurs centaines de milliers de dollars jetée sur le siège arrière, avant d’être identifié par une petite troupe de douaniers qui a eu l’insigne privilège d’avoir attrapé ce Louis XVI à Varennes de l’Afrique moderne.

J’irai alors au Luna Nite Club dont parlait l’excellent Comb & Razor, guidé par le son hypnotisant de cette merveilleuse publicité musicale, fournissant même toutes les explications pour s’y rendre…



Waiting and grooving

Une fois de plus, les chasseurs de têtes s’immiscent à l’improviste dans la journée, déguisés en amis, charmeurs comme des montreurs de serpents, cordiaux comme des barmen, basse électrique et flute indienne en bataille, avec ce « Don’t Kill Your Feelings », tiré de l’album obligatoire pour ceux qui n’ont pas froid au funk, « Straight From The Gate ».

Leçon de patience et de groove. On peut du reste laisser la machine s’emballer et sortir lentement de la sieste dominicale avec le titre qui suit, cette zappaesque « Ms. Yum-Yum » bluesy qui a les senteurs d’un chocolat chaud crapuleux de 17 heures.



Happy as a baby boy
23 avril 2010, 3:56
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Difficile de le déceler, mais Nathaniel Adams Cole souffrit mille humiliations, même après être devenu Nat « King » Cole, le plus envoûtant crooner du siècle, né noir en Alabama, prenant les oripeaux d’un pauvre migrant noir à Chicago, puis le smoking d’un artiste noir à Hollywood et le costume de la vedette noire de la convention démocrate qui a désigné JFK à la candidature présidentielle.

On sait par exemple qu’en emménageant dans le quartier chic de Hancock Park avec sa famille, il avait irrité ses abrutis de voisins blanc-becs, lesquels lui avaient fait parvenir une lettre dans laquelle les croquants lui signifiaient qu’ils ne voulaient pas de personnes « indésirables » dans le voisinage. Nat King Cole leur répondit que s’il apprenait qu’il en existait dans le coin, il le ferait immédiatement savoir à ses voisins.

Malgré les “honnêtes citoyens” et les “usagers en colère”, gardons en mémoire la leçon de Montaigne et du King, ici avec deux autres rois mages (Coleman Hawkins et Oscar Peterson, pardon vos majestés) faisant la révérence à cette décidément “Sweet Lorraine” :

« Il faut estendre la joye, mais retrancher autant qu’on peut la tristesse. Qui se faict plaindre sans raison, est homme pour n’estre pas plaint, quand la raison y sera. C’est pour n’estre jamais plaint, que se plaindre tousjours, faisant si souvent le piteux, qu’on ne soit pitoyable à personne. Qui se faict mort vivant, est subject d’estre tenu pour vif mourant. »



Black pearl
22 avril 2010, 10:44
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C’est une miniature, une chose insignifiante, un élément inconnu au fond, un OVNI, comme le meilleur élève de la classe qui s’assied derrière le cancre et le rigolard, mais pourtant un beau moment de soul-funk, irrésistible comme un tube de l’automne qu’on entend dans les bars, les stations-service et les postes à transistors des chambres de fille.

Perle brillante parmi d’autres gemmes noires, « Welcome To My Door » est un titre enregistré en 1978 par un groupe dont je ne retrouve trace nulle part, mais qui a enregistré trois albums entre 1978 et le début des années 80, une mystérieuse Arche de l’espace, Sparceark, venue de Los Angeles et qui a disparu dans le vide avec le Skylab et les missions Appolo.



Summer on the radio
20 avril 2010, 5:42
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Les grandes vacances n’existent plus pour nous. L’odeur des vignes derrières les rangées de bambous frissonnants. Les guêpes buvant les flaques de chlore de la piscine. Les yeux rouges et la peau sèche. Les chemises blanches et les bras bronzés. L’odeur des petites motos dans les ruelles. Les visages parsemés de tâches de rousseur des filles sur le port. Dîner dans la rue.

Nous avons mieux : nous avons la nostalgie, la musique et le pouvoir de savoir les reconnaître lorsqu’elles reviennent. Mettons un disque et voyons si les cigales crissent dans les collines avec les fugitifs Natural Four et leurs tubes bien ficelés, papillons de l’été qui ont tenu tant que leurs chansons étaient dans le top 10 de nos flirts, calés quelque part sur la bande FM, entre Stevie Wonder et The Impressions.



Dr Funk’s special medecine
19 avril 2010, 8:57
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Il est souvent bon de revenir sur les lieux du crime, de remettre de vieilles vestes, d’enfiler une nouvelle fois, après des années, de vieilles chemises. Dans l’espace qui nous sépare du génie dans la vie ordinaire, la musique sert souvent à cela : redire, refaire, reprendre, récapituler, recommencer et dire haut et fort « oui, non, je ne me suis pas trompé »…

Herbie Hancock avait raison de prendre du temps pour déplier en entier ses grandes fresques à motifs, ces hallucinantes peintures ni diurnes ni nocturnes qu’il brossait à grands coups de claviers avec les Headhunters. La deuxième partie de « Chameleon » livrée ici à San Francisco en 1975 est une claque sur la nuque pour ceux qui auraient oublié qui est le maître, qui a inventé le remède miracle de l’incroyable docteur Funk, sa basse-continue et ses synthétiseurs magiques.