Inner City Blog


Suffering and smiling

Ce qui nous pousse à choisir notre vie est souvent un secret. Briser l’ordinaire, voir d’autres terres, se laisser glisser dans les draps frais du quotidien ou préférer la méchanceté est un choix obscur, que nous faisons dans le silence de nos délibérations intimes. L’hostilité du monde, c’est autre chose. Elle est parfois savoureuse et fugace, comme le morceau de brioche chipée, pour son plus grand bonheur, au goûter d’un enfant.

Les Californiens improbables de War (rappelez-vous) chantaient en 1973 leur gospel funk le plus célèbre, « The World Is A Ghetto », pour ceux qui ne savent pas encore sourire aux épreuves et pour ceux qui ne le savent que trop bien.



The right to be light
24 juin 2010, 5:13
Filed under: Funk, Soul | Mots-clefs: , , , , , , , , , , ,

Avait déjà été proclamé ici le droit à la légèreté, à la vie sans souci, au sifflement dans la rue… L’été enfin venu, le ciel vert du soir ayant repris ses assises sur nos journées, redisons-le une fois de plus avec Roy Ayers, nous laissant flotter avec lui dans une odorante fumée rose, agrémentée dans « Sensitize » d’une basse-continue de bonbons wah-wah, d’une basse électrique simple comme un cocktail sur lequel scintillerait le petit feu pétillant d’un vibraphone.

On peut alors goûter, comme Jean de la Croix, comme sur une plage des Seychelles, au long plaisir de faire la nuit en soi.



Blessed sunny mornings
22 juin 2010, 9:55
Filed under: Funk | Mots-clefs: , , , , , , , , , ,

Comme les jours de neige, le retour du soleil ou l’assise de la canicule sur les villes changent le comportement des citadins. Reclus, enfermés dans leurs manteaux, les voici qui s’assoient soudain dans la rue. Ils chaussent d’autres souliers, jouent avec l’été ou l’hiver, changent de trottoir pour trouver leur plaisir. Les habitudes sont déréglées, les attitudes curieuses.

Devenus soudain de beaux imbéciles, des « knuckleheads » urbains, ils se « sentent si bien », résume dans cet album Grover Washington Jr., dans une belle liturgie de basse funky, de wah-wah indolente et de souffle saxophonique macho, comme un long ruban rouge déroulé dans le soleil enfin retrouvé, le long d’un trottoir connu qui sent l’encre des journaux et les effluves de rôtisseries et de primeurs. Bénis soient alors les jours les plus longs.



Out of Somalia

Mogadiscio, Somalie. La plage du Lido était jadis une perle blanche posée sur les eaux émeraudes de l’océan Indien. C’est aujourd’hui la plage désolée d’une capitale en ruines. Depuis la chute de la dictature de Siad Barré, en 1991, la ville est devenue un vivier de Kalachnikovs, où un peuple troglodyte survit dans un océan de douilles et de fûts d’obus de mortier. La nation somalienne respire pourtant tant bien que mal, entre les seigneurs de la guerre, les jihadistes et les enfants perdus, sous l’enchevêtrement hallucinant des fils électriques qui strient le ciel de la capitale d’un Etat effondré.

La preuve. Le mince et malicieux K’Naan est né là-bas, avant de fuir dans les valises de sa famille vers le Canada. Son premier tube, tourné il y a quelques années dans quelques recoins de Mogadiscio et dans la banlieue somalie de Mombasa, au Kenya, s’adressait aux hommes en armes qui sillonnent encore sa ville ravagée, juchés sur leurs technicals, des 4×4 où sont montés des pièces d’artillerie antichars. « Soobax« , quittez, arrêtez tout, leur disait-il, le peuple est fatigué de votre sauvagerie, énonçant les quartiers de la ville qui n’existe plus que sur les cartes (Jazira, Sugunto Liida, Wardhiigleey et Madiina) et les autres cités mythiques de la « Côte des Aromates », Hargeisa, Bossasso, Baardheere et Berbera…

Ce n’est certainement pas hors sujet de redire ici que K’Naan y tient sa place.



Resist if you can

Que fait-on, en 1973, lorsqu’on se nomme Donaldson Toussaint L’Ouverture Byrd II (abrégé en Donald Byrd, tout de même), que l’on est issu d’une famille ordinairement opprimée de Detroit, que l’on a su prendre, à l’âge du lycée, la suite de Clifford Brown au sein des Jazz Messengers, que l’on a bientôt joué avec Herbie Hancock, John Coltrane, Thelonious Monk et Sonny Rollins, et que, soudain, on a décidé de partir seul, avec sa trompette, faire autre chose que ce que l’on a déjà fait ?

A peu près ceci, mélange de tout, agglomération de sons et de rythmes dorés et noirs, un autre jazz, un autre genre… Résistez, si vous le pouvez.



January in Kenya
9 juin 2010, 12:25
Filed under: Soul | Mots-clefs: , , , , , , , , , ,

Une grande avenue bitumée de Nairobi s’enroule entre les murs de demeures luxueuses et menaçantes. Sous les palmiers vivent les assassins. Le ciel vide souffle un air froid sur les vigiles en uniforme cachés dans leur guérite. On dort entre les bagarres. Derrière le terrain de football pelé commencent la plaine de bidonvilles aux toits de tôle. Des enfants en uniforme attendent autour d’une montagne de cartons. Des affiches électorales décaties sont figées au-dessus des arrêts d’autobus. Dans le centre-ville, les murs de pierre de taille des immeubles sont vérolés. Dans les épiceries au néon, les cigarettes sont vendues au détail. La nuit, des chiens vivent sous les arcades. Les petits arbres frissonnent le long des trottoirs effondrés. Une famille de Somaliens suivent à quelques pas.

En swahili, « Pamoja » signifie « ensemble » et tout un monde s’est animé soudain.



Big boy’s back
6 juin 2010, 5:06
Filed under: Funk | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Après une longue absence, retrouver le salon confortable et pop d’Eumir Deodato… Autant dire que l’on ignore totalement pour quelle étrange raison le funky rapaz a intitulé cette belle envolée « September 13th », mais disons que ce devait être un dimanche… Prendre ce qu’il y a à prendre, comme une première bouchée après le jeûne… Comme la première gorgée d’eau fraîche après la cymbale du soleil… On reviendra…