Inner City Blog


Vengeful angel
30 septembre 2010, 3:51
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« Tu m’as fait du mal, j’ai essayé d’être bon parce que tu disais que tu étais à moi, mais tu es partie et tu m’as abandonné, alors il n’y aura pas deuxième fois. J’ai été idiot de te donner mon amour, parce que tu m’as juré sur les étoiles de m’aimer, mais tu es partie et tu m’as abandonné, alors il n’y aura pas de deuxième fois. Ris si tu veux, amuse-toi, passe du bon temps, il viendra un jour où il faudra que tu payes pour ce que tu as fait. Tu peux pleurer, tu peux t’emporter, essayer de me montrer que tu m’aimes de mille manières, mais tu es partie et tu m’as abandonné, alors il n’y aura pas de deuxième fois », dit ici cruellement, terriblement, délicieusement, virilement l’exceptionnel Sam Cooke, notre ange vengeur.



Journey to freedom

La liberté soudain fait entrer un vent froid dans la chambre. Elle fait voler les couvertures, pique le visage et crispe les épaules. La lumière y est rude, blanche et hivernale. Elle ne se complaît pas dans des clairs-obscurs agréables. Il y règne le grand impératif du courage.

Illustration. Avant de s’engouffrer dans la bulle en plastique du disco, les New-Yorkais du Salsoul Orchestra sont passés par la locomotive dorée de la funk. Ici, en 1977, ils se sont embarqués dans un « Getaway » qui ne pardonne pas, sous l’injonction moralo-pornographique « Dance your ass »… Une « échappée » libre et heureuse où il s’agit de prendre son souffle dans l’air froid, d’enrouler son écharpe autour du cou et de partir, les poings dans les poches, vers de nouveaux chemins bien plus glorieux, bien plus élevés que nos ordinaires et étroites petites allées de terre.



Crossroads to freedom
25 septembre 2010, 7:03
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Décider, faire un choix, prendre une direction et le dire, c’est le privilège des humains et aussi passer le cap du meurtre comme de la délivrance, éprouver la liberté enfin, se libérer ou se dissoudre. Et les philosophes ont parfois erré dans les studios de Chess Records : la preuve.

La très new-yorkaise Marlena Shaw et la diabolique guitare à sourdine qui l’accompagne ici, en 1969, dans l’indispensable album « Spice of Life », font mine de se poser la question : où aller ? Elles répondent, à la fin, bibliquement,  : « No more wandering for me, for at last I am free. » Plus d’errance pour moi, je suis enfin libre. Répondons liturgiquement : que les anges du ciel les protègent de leurs ailes de plumes !



Sunday night turn-on
21 septembre 2010, 3:21
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Une simple histoire de bail bondsmen, deux potes qui prêtent des cautions et récupèrent les payeurs récalcitrants, embringués dans une traque de super-maquereaux cruels, chacun sapé de manière plus pimpin’ good que l’autre, et des putes à 280 000 dollars : Truck Turner, c’est ça.

Pourquoi être allé acheter ce DVD pas cher, un dimanche ensoleillé, et l’avoir regardé dans la nuit, avec des cigarettes et du café ? Pour pouvoir jouir encore de la musique du générique signé Isaac Hayes, lequel se balade tout le film avec sa boule à zéro, sa barbe drue et un méchant petit blouson de jean.



On your hands
16 septembre 2010, 8:14
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Les complaintes célestes de Billie Holiday apparaissent comme des passantes et tournent le coin de la rue pour toujours. Ce « Body and Soul »-là a été enregistré en 1940 lorsque Lady Day avait encore le courage de piquer une fleur dans ses cheveux. Son enregistrement, lointain, dédaigneux, noble, est comme un regard d’étrangère sur nos mains : il perce notre mystère, dénude notre intimité plus que toute œillade équivoque.

Une tasse de café, une cuillère posée sur la table, des grains de sucre épars, le soleil du matin. Et le cœur qui revit pour se raidir, pour revendiquer ses battements, parce qu’une femme a regardé tes mains posées devant toi.

Eleanora Fagan, dite « Billie »… Pythie. Pity. Corps et âme qui disent la vérité, ignorant les mots pour le reste.



Cold monsters
8 septembre 2010, 11:27
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Les gangsters de l’amour dévalisent les concours de beauté. Les gangsters de l’amour ne disent rien, sinon ce qui est inutile ou irrésistible. Les gangsters de l’amour ont un goût sucré sur les lèvres. Les gangsters de l’amour feignent la maladresse. Les gangsters de l’amour savent tout faire, sont impudiques sous des airs d’innocence, ont un sens de l’humour assassin, répétition générale pour des étreintes électrisantes.

Johnny « Guitar » Watson ne dit rien de plus ici, magistralement, en scène, sous un grand chapeau noir piqué de diamants et du bout de ses doigts de sorcier.

Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que les gangsters de l’amour ravagent les cervelles et les cœurs, profitent des faiblesses, salissent la beauté et mutilent la grandeur. Les gangsters de l’amour sont des monstres glacés admirés par les tueurs.



Six billion choices
4 septembre 2010, 3:19
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Pourquoi les danseurs anonymes de Soul Train choisissent-ils, dans la fosse magique, de regarder l’un plutôt que l’autre ? De danser avec l’une plutôt qu’avec l’autre ? De sourire à l’un en relevant la tête plutôt qu’à l’autre ? Il faut des messagers de dieux à paillettes comme les Isley Brothers pour couvrir de plumes versicolores cette parade incompréhensible, au fond, pour les cœurs seuls.

Six milliards d’êtres humains et nous en prenons un au hasard, toujours un peu au hasard, pour l’accompagner sur sa route et la nôtre. Ensuite, il faut tenir. Tenir son choix, ses promesses et son regard droit, son cœur clair, son honneur intact, le rythme vivant. Que l’on renie ce choix et les portes de l’enfer s’ouvrent alors pour nous châtier l’un et l’autre.

Ils ont raison, les frères Isley, « Who’s That Lady ? » après tout…