Inner City Blog



Useless and precious

Syl Johnson est la preuve vivante, maléfique, que la banalité et l’irruption du génie sont des sœurs qui se détestent, mais sont liées par un pacte de sang. En 1969, il enregistra ce très légitime sermon de victime jalouse, cette complainte de juge-pénitent, cette revendication de « bad boy with a big heart », avant de disparaître peu à peu derrière l’ombre érotique d’Al Green, l’ionisation multicolore de James Brown et le spectre velouté d’Otis Redding. Presque totalement effacé, inutile comme une chaise cassée, l’homme a lancé au début des années 80 une chaîne de fast-food de poisson, après nous avoir laissé de vieux disques à réécouter quand il pleut.



Behind the Second Line

Nous sommes des créatures du présent, sans doute. Mais avec notre pas mécanique, nos habitudes et nos tics, nous transportons aussi une chambre d’enfant, des images et des parfums, des tâches sur nos chemises, et même parfois une rue, un quartier ou une ville.

La saudade au Brésil, la tezeta en Ethiopie… Les hommes sont incorrigibles. Mais nous, avons-nous aménagé la place que la nostalgie mérite dans nos vies, dans nos pays ? Avec Billie Holliday dans les bras, Louis Armstrong répondait ici à sa manière, juste après la guerre, le long d’une longue et langoureuse question, chaloupée comme un soupir de soulagement, quelques pas derrière une Second Line accrocheuse déambulant dans les rues du Lower Ninth Ward.