Inner City Blog


Break free

Abandonnez ces ambitions, oubliez vos patrons, effacez vos souvenirs, riez fort, méprisez vos appartements, ne répondez pas aux certitudes, buvez trop, bousculez vos mères, souriez à cet homme, fermez les yeux, mesdemoiselles, et vous pourrez être aimées comme le ferait ce gros chat de B.B. King, une nuit de 1974 à Kinshasa.



Scarthing
24 décembre 2010, 2:07
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Les jours vides, on peut aussi bien ouvrir un vieux tiroir où, depuis des mois, un objet sommeillait dans l’obscurité en nous terrorisant. Aussi bien, ce peut être un 45-tours comme ce « Right On » du vieux Clarence Wheeler (l’homme qui composa la musique des Woody Woodpecker) et ses Enforcers, ou lui ressembler. Tant de choses ressemblent aux vieilles chansons.

Prendre cet objet dans ses mains, c’est prouver ou non que la cicatrice qu’il avait ouvert s’est refermée. Ou bien, au moins, qu’elle est toujours visible, sensible, mais diffuse, presque éteinte, quasiment voluptueuse dans son irritation douce, comme le souvenir d’une nudité perdue à jamais, encore érotique mais disparue pour toujours.



Let’s be serious
18 décembre 2010, 12:28
Filed under: Funk, Jazz | Mots-clefs: , , , , , , , , , ,

Il n’y a pas quatre chemins vers le groove, voilà ce qu’il faut dire. Faire comme ce dingue de Donald Byrd ici, par exemple, et en deux morceaux : emprunter le large boulevard qu’offre l’esprit et l’imagination, jouons-la XVIIè siècle, les rêveries enfumées et la couleur brûlante des cuivres, la cadence hoqueteuse d’une guitare électrique et d’une basse un peu salope.

Parfait. Ces « chevaliers éthiopiens » disent tout ce qu’il nous reste, quand plus rien n’est clair. Dans la solitude infinie, rien à faire : il y a toujours quelqu’un qui continue de parler. Ne cherchez pas.



Evident evidences
12 décembre 2010, 3:58
Filed under: Soul | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Dans le grand stade de Los Angeles, sous un ciel tiède, la famille Staples assène des évidences. Les cheveux blancs du père, « Pop » Roebuck Staples, dominent le tout. La voix grillée de l’une de ses filles souligne avec majesté. L’évidence, c’est la lumière et la parole fiancées, comme ici.



Irregular appearances

Le génie s’acoquine avec l’indigence, comme deux sœurs un peu sorcières que tout le monde fuit et qui dans leur splendeur gâchée terrorisent leur entourage. Mieux vaut pourtant ne pas se fier aux apparences.

Car quand il ne reste qu’une vieille moto et des allocations chômage pour toute possession, on peut toujours aussi bien rester le J.D. Salinger de la funk, disparu depuis toujours, reparaissant par intermittence pour terroriser les producteurs, s’évanouissant de nouveau dans les fumées mauves de sa propre légende. Oui, Sylvester Stewart, alias « Sly Stone », vit paraît-il aujourd’hui quelque part dans une baraque paumée de la très recluse Napa Valley, avec deux « assistantes » que personne n’a jamais vues et des procès en cascade. Lorsqu’il revient parmi les vivants, c’est pour se moquer de nous.

Il a ça, malgré tout, dans les poches : l’invention de quelque chose, mais quoi ?



The mighty sorcerer

Le garçon a quitté l’école qu’il fréquentait tant bien que mal à dix ans, en 1920. Son enseignement, il l’a reçu dans les rues de Dallas, dans les pas du Dallas String Band où se parents s’ébrouaient. A l’âge de quinze ans, il portait déjà une guitare plus grande que lui comme on porte un agneau à tondre. L’aveugle magnifique Blind Lemon Jefferson, à la table du dîner, l’écoutait avec ses yeux blancs. Métis d’Africains et de Cherokee, il avait déjà ce museau de renard qui s’est multiplié jusqu’à sa mort banale, en 1975 à Los Angeles, sur les pochettes de tous ses disques. Aaron Thibeaux Walker… Comment voulez-vous que dans ces parages on ne l’appelât pas « T-Bone », l’enfant du blues ?

De son propre aveu, c’est la guitare électrique de « T-Bone » Walker sur ce « Call It Stormy Monday » qui a poussé B.B. King à s’acheter la sienne et à ne plus la quitter. Chuck Berry, adolescent, cherchait dans ses tablatures les constellations de son érotisme. En 1970, Jimi Hendrix écoutait encore ses sortilèges, dans sa maison de Mayfair, avant de s’endormir éternellement dans les pulsations cérébrales du Vesparax.