Inner City Blog


Black descarga

Pourquoi, dans l’histoire des musiques noires, omet-on la plupart de temps le son des ports de pêche décatis, le montuno des montagnes, la salsa dura des night-clubs, la rumba des buvettes ? C’est une hérésie, n’est-ce pas, d’oublier que l’arc caraïbe, entre les cabanes de Porto-Rico et cette Colombie qui eut au XIXe siècle le premier Président noir du continent, est une terre afro-américaine au même titre que Detroit, New Orleans ou Atlanta. Une terre de mulâtres anglophones, d’Espagnols oubliés, de réprouvés bataves, de Français en cavale. Les hommes capables d’aimer durement savent que les jeunes femmes des petites villes de Colombie ont le sang noir.

La preuve. Lorsque le Fania All Stars se produisit à Kinshasa au troisième jour du délirant Rumble In The Jungle de 1974, l’amitié de la foule des Zaïrois fit s’illuminer la nuit. Bill Withers se sentit alors obligé de se confier un journaliste, pour avouer qu’il avait eu le sentiment d’avoir été un peu « un étranger », en comparaison de cette bande de fous indéterminés, flambant sous la houlette du faune Johnny Pacheco, du frère Cheo Feliciano et les sortilèges de l’extraterrestre Jorge Santana.



Adult party

Dès la vingt-septième seconde, elle saisit la mesure du génie et l’on peut voir, vraiment voir, la gifle versicolore frapper sa joue droite et faire pivoter son beau visage. Puis elle disparaît et les adultes prennent possession de l’espace. L’enfant, assise, les genoux repliés sur sa poitrine devant la famille Stone, se laisse enduire par l’esprit de Sly le faune, qui dévide sa pelote comme l’homme-orchestre, le bateleur de foire, le troubadour érotique qu’il est, « Hot Fun In The Summertime », « Don’t Call Me Nigger, Whitey » et « Higher », enchaînés l’un à l’autre comme une corde dorée sur laquelle on aurait tressé des rubans de couleurs criardes.



Brooklyn bravado

Que les malheureux qui, depuis des années, pérorent en disant de Marvin Gaye qu’il est un chanteur pour midinettes, philosophe pour classes terminales, sex-symbol d’adolescentes prolétarisées et idoles de garçons-coiffeurs trop délicats, sortent dans la rue, écoutent la bande originale du film « Troubleman » et se taisent.

Nous autres, sans eux, nous jouirons virilement de ce « T Stands For Trouble » enduit d’une couche dorée et noire, faite d’un Moog un peu gras, de cuivres à la majesté romaine et d’une petite formation de vents particulièrement groovy. Nous les repousserons avec dédain, d’un revers de notre petite guitare pincée assassine, nos congas, notre sax et notre basse électrique aussi indifférente qu’un macho de Brooklyn.