Inner City Blog


Divine comedy
17 décembre 2011, 12:23
Filed under: Blues, Cinéma | Mots-clefs: , , , , , ,

Empoignez d’abord votre bouteille de Jack Daniel’s à moitié pleine et avalez une rasade. Assurez-vous qu’il vous reste des cigares. Vérifiez que vos péchés sont à vif, vos secrets honteux et la grâce à vos côtés. Entourez-vous maintenant de vieux chats touchés, comme vous, par le rayon transfigurateur des fées du blues et enfilez votre chemise de prisonnier, en faisant bien attention à vous être préalablement vêtu d’un impeccable T-shirt blanc d’ange des bayous. Devisez. Affrontez le diable d’homme à homme. Attrapez votre harmonica dans votre main droite et servez.

… On ne peut idiotement visionner le chef d’oeuvre ci-dessous que directement sur YouTube

Publicités


Badass fairy godmother
1 juillet 2011, 12:47
Filed under: Cinéma, Funk | Mots-clefs: , , , , , , , , ,

Chocolat, brûlé, bois. Roussi, châtaigne, brun. Le café s’écoule d’un trait raide et sombre dans le verre. Le bruit sec du chocolat se brise sur les dents. Une poutre de chêne noir traverse un mur blanc. Le bras posé de Pam Grier chauffe, sur la plage, l’été.

Roy Ayers revient souvent ici. En locomotive, en machine volante, sous forme de fumée. Cette fois, c’est sous la forme d’une affirmation, brute, simple, groovy comme le film qui lui a donné naissance, où la panthère noire de Harlem soldait ses comptes, jadis, comme naguère, vieille école, avec une pétoire et des jambes rêvées.



Brooklyn bravado

Que les malheureux qui, depuis des années, pérorent en disant de Marvin Gaye qu’il est un chanteur pour midinettes, philosophe pour classes terminales, sex-symbol d’adolescentes prolétarisées et idoles de garçons-coiffeurs trop délicats, sortent dans la rue, écoutent la bande originale du film « Troubleman » et se taisent.

Nous autres, sans eux, nous jouirons virilement de ce « T Stands For Trouble » enduit d’une couche dorée et noire, faite d’un Moog un peu gras, de cuivres à la majesté romaine et d’une petite formation de vents particulièrement groovy. Nous les repousserons avec dédain, d’un revers de notre petite guitare pincée assassine, nos congas, notre sax et notre basse électrique aussi indifférente qu’un macho de Brooklyn.



The coincidence

Le holster de Frank Bullit est harnaché sur son col roulé bleu. Une veste en laine et un imperméable mastic le protègent du vent froid de San Francisco. Sa Ford Mustang est vert sombre comme l’eau glauque du Fisherman’s Wharf. La guitare jazz de la bande originale rythme le pas des Clark’s du lieutenant taciturne incarné par Steve McQueen…

Mais, et si Lalo Schifrin n’avait pas écrit son « Shifting Gears » sur les images de la célèbre poursuite entre la bête de 1969 et la Dodge noire des bad guys ? Et si, contrairement au maître argentino-californien, pianiste prodigue de Dizzy Gillespie, le réalisateur britannique Peter Yates avait plutôt confié la musique de son film aux laborantins funky du Mahavishnu Orchestra ?

Voyons ça.



Sunday night turn-on
21 septembre 2010, 3:21
Filed under: Cinéma, Funk | Mots-clefs: , , , , , , , , , , ,

Une simple histoire de bail bondsmen, deux potes qui prêtent des cautions et récupèrent les payeurs récalcitrants, embringués dans une traque de super-maquereaux cruels, chacun sapé de manière plus pimpin’ good que l’autre, et des putes à 280 000 dollars : Truck Turner, c’est ça.

Pourquoi être allé acheter ce DVD pas cher, un dimanche ensoleillé, et l’avoir regardé dans la nuit, avec des cigarettes et du café ? Pour pouvoir jouir encore de la musique du générique signé Isaac Hayes, lequel se balade tout le film avec sa boule à zéro, sa barbe drue et un méchant petit blouson de jean.



Machine in the sky

Qui sait encore, comme le surent Lalo Schifrin ou Bernard Hermann, écrire de grandes et légendaires compositions pour illustrer des courses-poursuites, des déguerpissages, des fuites à toutes jambes ou à brûler les pneus de sa Mustang, des fugues urbaines tournés avec quelques caméras seulement ?

Le groupe californien War, essentiellement connu pour le bizarroïde « Low Rider » et l’insupportable « Why Can’t We Be Friends », s’y est essayé dans le film Young Blood, évidemment l’histoire d’un enfant du ghetto qui, etc… Le résultat : « Flying Machine (The Chase) », un engrenage funky au cliquetis latin, dominé par une souveraine flûte d’ashram de hachichins, un grand ptérodactyle mécanique et multicolore planant au-dessus de nos villes grises et mouillées.



Wah-Wah Odyssea
31 mars 2010, 4:36
Filed under: Cinéma, Funk | Mots-clefs: , , , , , , , ,

C’est beaucoup moins Isaac « Black Moses » Hayes qui brille des mille feux du soleil dans « Do Your Thing », cet incroyable titre en forme de générique de fin, cette descente hallucinée dans les excès du groove et du rock figurant en piste quasi-finale de la BO du film Shaft… que Charles Pitts, son guitariste.

C’est « Skip » Pitts aussi qui alluma sa wah-wah pour faire éclore le légendaire thème du film, que le grand frère Isaac Hayes avait accepté de mettre en musique en dépit de sa déception de n’avoir pas été choisi pour le rôle-titre. « Skip » Pitts encore, boucle d’oreille et tempes rasées brillant sur son crâne acajou, qui se promène avec nonchalance et force le long de « Soulville » ou des instrumentaux urbains de l’une des plus belles bandes originales qui aient été composées.

« Skip » Pitts enfin, qui est l’auteur de l’un des plus invraisemblables chorus de guitare qui aient été gravés sur vinyle, toute pédale et cervelle allumées, une odysée hendrixienne dans les bas-fonds du son Stax, ici à partir de 2 minutes 10 et malheureusement interrompu après 8 minutes d’échappée, mais avant la fin cataclysmique que l’on retrouve sur le disque.