Inner City Blog


Afternoon wandering

Avec cet été qui n’arrive pas, mettons nos blousons doublés, fourrons nos mains dans les poches et sortons errer dans les terrains vagues de nos villes. Nous ferons ainsi comme nos pères, s’ils ne se sont pas trop vite convertis à la lumière d’abattoir de la vie bourgeoise. Nous ferons ainsi comme nos grands frères, qui ont été tristes avant nous.

Le gamin londonien Michael Kiwanuka, supporter de Tottenham et de Bill Withers, s’y trouve avec une grande chanson pleine de cuivres nigérians, de flutes de San Francisco et d’appels à l’aide du maître d’hôtel Marion Black. Passer l’après-midi avec lui permet de savoir quoi faire de nos nuits.

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The Prince of California
29 novembre 2011, 7:19
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Réveillez-vous, le jazz funk n’est pas mort et vous non plus. Le temps de mettre un peu de charbon bien noir dans sa locomotive groovy, le nouveau venu Gregory Porter, puissant prince renégat de Californie, nous le rappelle. Le véhicule royal de « 1960 What ? » avance sur ses turbines dorées sans se soucier de nos excuses. De nos paresses. De nos résignations. Un peu de pureté souveraine dans ce monde de chats ingrats, enfin.



Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.



Starting over
7 octobre 2011, 5:42
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On vient de faire éclater le crâne du Président Kennedy à coup de fusil, à distance. Quelques heures plus tard, son frère Harold se fait trouer la peau devant un night-club de Nashville. Bobby Hebb prend alors sa guitare et compose « Sunny ».

Depuis, à force de la passer et la repasser comme une pommade, la chanson est pour nous devenue indolore, anesthésiée, télévisualisée, radio-crochetisée. On ne l’entend plus, elle est hostile comme une ex. Elle a disparu derrière des couches de maquillage. Sauf lorsque l’auteur, seul avec Ron Carter, la ressort de son écrin de 1966. En ôte les scories, les fioritures, les poussières. Elle brille alors de mille feux, dans le soleil que l’on croyait oublié.



The wizard

Hermeto Pascoal est dingo, albinos, brésilien, multi-instrumentiste et sentimental. Un satyre farceur débarqué à Recife en 1950 du bled d’Arapiraca, caillasse perdue dans la savane de l’Etat d’Alagoas, avec dans le dos une guitare et un accordéon sur lesquels il tricotait comme un virtuose.

Dès lors, lorsque o bruxo, le sorcier jaune, Hermeto-le-mage a déboulé dans les parages, Miles Davis a par exemple été contraint de saluer « le musicien le plus impressionnant du monde ». Et tout le reste est à l’avenant.

Les divagations de son père édenté, les soupirs flapis d’un cheval ou les bulles d’une flûte sous l’eau ont aussi bien servi de fondation à ses chansons. Pardon : à ses incantations enchantées autour desquelles volettent de minuscules femmes nues ailées.



Be wild
22 août 2011, 8:42
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Le message est celui-ci, donc : pas d’ordre, pas d’origine, du bordel, des racontars, des complaintes, des célébrations et des souvenirs. Or, donc, la cocaïne… L’âme damnée des petits orphelins blancs livrés à la dame blanche, leur mère. Le démiurge génial et malfaisant des sambistas de Rio. Le diable pervers et secret des vendeurs d’armes, des banquiers et de leurs larbins.

Wildcookie livre donc ici son psaume, parfaitement conforme aux règles ci-desssus, impeccable foutoir convoquant le chaloupé de la Caraïbe, le grincement du blues et la galerie des ancêtres de la scène noire des 70s, dites ceci comme vous voulez. Il s’agit donc d’un manifeste des libérations.



Southbound

Je disais, il y a tout juste un an, tout le mal que je pensais de l’espoir. Mais l’impatience, c’est autre chose. Pour elle, le bonheur est vivable, là, dans la rue d’à côté. Le paradis approche toujours, avec ses toits de tuiles, son hérissement d’antennes dans le ciel pur, la grande mer accotée et les jardins de bougainvilliers au-dessus des murets. On prend la route et il apparaît entre les lacets. On n’y est pas encore et pourtant… Les vitres baissées, le vent tiède frappe comme un bourdon. S’installer n’est rien, c’est arriver qui comble.

C’est Al Green qui a allumé la mèche, avec ce « Simply Beautiful » qui est sans doute l’ultime soupir d’amour viril. Hier soir, chez moi, le révérend a déplié la carte du Sud. Montré le chemin. Ouvert les nuages pour laisser passer le soleil du matin. La valise est faite. Comme Blaise Cendrars, il faut siffler son chien et viser la Méditerranée, notre grande sœur.