Inner City Blog


Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



Trip room

Une longue absence, donc un disque à la main… Sortie d’on ne sait où, vers Washington DC avec un père saxophoniste en uniforme, voici Meshell Ndegeocello. Cette dame a donné naissance, sur un dernier album polymorphe, à un oeuf-bijou enchanté et maléfique, une bulle obscure et chic dans laquelle se plaint une femme opprimée, un longue plaidoirie d’avocate des night-clubs et des droits du peuple : Rapid Fire.

En ouvrant la porte de la chambre d’où provient la musique, on respire pour notre envoûtement l’air de la Cold Wave et de ses prophètes noirs, mêlé au chant rituel d’Iggy Pop, dans la fumée de Gil Scott Heron.



Kinky new year
31 décembre 2011, 4:05
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Après une année épouvantable, voici enfin la conclusion, la fin, le temps de l’autre temps.

On souhaitera volontiers aux volontaires réunis ici d’envoyer enfin paître les bigots de tous acabits, de renoncer aux crèmes trop musquées de la bourgeoisie, de cesser de vénérer les trésoriers et les directeurs du personnel, d’aimer des femmes parfumées de sourires et armées de fusils à canon scié — que celles-ci leur offrent de longues journées un peu pornographiques en riant, qu’elles appuient sur une gâchette vide et qu’elles cassent les verres de champagne qu’elles auront vidés pour eux, avant de monter dans la chambre.

Soyez bénis si alors vous aimez ça. Voici la prière que feront en votre honneur les anges délurés du Funkadelic, après avoir promis de « lècher vos émotions funky » quand vous aurez « sucé leur âme ».



Divine comedy
17 décembre 2011, 12:23
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Empoignez d’abord votre bouteille de Jack Daniel’s à moitié pleine et avalez une rasade. Assurez-vous qu’il vous reste des cigares. Vérifiez que vos péchés sont à vif, vos secrets honteux et la grâce à vos côtés. Entourez-vous maintenant de vieux chats touchés, comme vous, par le rayon transfigurateur des fées du blues et enfilez votre chemise de prisonnier, en faisant bien attention à vous être préalablement vêtu d’un impeccable T-shirt blanc d’ange des bayous. Devisez. Affrontez le diable d’homme à homme. Attrapez votre harmonica dans votre main droite et servez.

… On ne peut idiotement visionner le chef d’oeuvre ci-dessous que directement sur YouTube



The Prince of California
29 novembre 2011, 7:19
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Réveillez-vous, le jazz funk n’est pas mort et vous non plus. Le temps de mettre un peu de charbon bien noir dans sa locomotive groovy, le nouveau venu Gregory Porter, puissant prince renégat de Californie, nous le rappelle. Le véhicule royal de « 1960 What ? » avance sur ses turbines dorées sans se soucier de nos excuses. De nos paresses. De nos résignations. Un peu de pureté souveraine dans ce monde de chats ingrats, enfin.



Hear them up
27 novembre 2011, 6:53
Filed under: Funk | Mots-clefs: , , , , , , ,

Du tumulte, oui. Quatre minutes d’antenne dans une émission pour petits Blancs, on n’a guère besoin de plus pour en faire. George Clinton et sa bande du Funkadelic, en pleine démonstration de boucan spirituel, ne le font dire à personne, dans cet « I Got A Thing (You Got A Thing, We Got A Thing, Everybody’s Got A Thing) », opuscule révolutionnaire, wahwah, costumes, guitares électriques, afros et tout le tralala.



Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.