Inner City Blog


Brotherly advice
11 février 2014, 5:41
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Earl King

Il pleut depuis bien trop longtemps des miettes de glace, mais il y a Earl King. La vie des hommes est suspendue au hasard et à la bienveillance, autant dire un souffle, une brise, et pourtant nous la vivons les mains dans les poches, triturant un ticket de métro, les yeux tournés vers notre désir, pendant que miaulent nos diables du blues, les aveugles, les boîteux, les réprouvés, les pensionnaires du fond de l’autobus, les Earl King, les Jimi Hendrix.

Et tout ça pour quoi ? Pour nous convaincre de laisser les bons temps rouler. Parole tenue. Si tu mens, tu vas en enfer.



Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



Divine comedy
17 décembre 2011, 12:23
Filed under: Blues, Cinéma | Étiquettes: , , , , , ,

Empoignez d’abord votre bouteille de Jack Daniel’s à moitié pleine et avalez une rasade. Assurez-vous qu’il vous reste des cigares. Vérifiez que vos péchés sont à vif, vos secrets honteux et la grâce à vos côtés. Entourez-vous maintenant de vieux chats touchés, comme vous, par le rayon transfigurateur des fées du blues et enfilez votre chemise de prisonnier, en faisant bien attention à vous être préalablement vêtu d’un impeccable T-shirt blanc d’ange des bayous. Devisez. Affrontez le diable d’homme à homme. Attrapez votre harmonica dans votre main droite et servez.

… On ne peut idiotement visionner le chef d’oeuvre ci-dessous que directement sur YouTube



Adult party

Dès la vingt-septième seconde, elle saisit la mesure du génie et l’on peut voir, vraiment voir, la gifle versicolore frapper sa joue droite et faire pivoter son beau visage. Puis elle disparaît et les adultes prennent possession de l’espace. L’enfant, assise, les genoux repliés sur sa poitrine devant la famille Stone, se laisse enduire par l’esprit de Sly le faune, qui dévide sa pelote comme l’homme-orchestre, le bateleur de foire, le troubadour érotique qu’il est, « Hot Fun In The Summertime », « Don’t Call Me Nigger, Whitey » et « Higher », enchaînés l’un à l’autre comme une corde dorée sur laquelle on aurait tressé des rubans de couleurs criardes.



Useless and precious

Syl Johnson est la preuve vivante, maléfique, que la banalité et l’irruption du génie sont des sœurs qui se détestent, mais sont liées par un pacte de sang. En 1969, il enregistra ce très légitime sermon de victime jalouse, cette complainte de juge-pénitent, cette revendication de « bad boy with a big heart », avant de disparaître peu à peu derrière l’ombre érotique d’Al Green, l’ionisation multicolore de James Brown et le spectre velouté d’Otis Redding. Presque totalement effacé, inutile comme une chaise cassée, l’homme a lancé au début des années 80 une chaîne de fast-food de poisson, après nous avoir laissé de vieux disques à réécouter quand il pleut.



The coincidence

Le holster de Frank Bullit est harnaché sur son col roulé bleu. Une veste en laine et un imperméable mastic le protègent du vent froid de San Francisco. Sa Ford Mustang est vert sombre comme l’eau glauque du Fisherman’s Wharf. La guitare jazz de la bande originale rythme le pas des Clark’s du lieutenant taciturne incarné par Steve McQueen…

Mais, et si Lalo Schifrin n’avait pas écrit son « Shifting Gears » sur les images de la célèbre poursuite entre la bête de 1969 et la Dodge noire des bad guys ? Et si, contrairement au maître argentino-californien, pianiste prodigue de Dizzy Gillespie, le réalisateur britannique Peter Yates avait plutôt confié la musique de son film aux laborantins funky du Mahavishnu Orchestra ?

Voyons ça.



Crossroads to freedom
25 septembre 2010, 7:03
Filed under: Soul | Étiquettes: , , , , , , , , ,

Décider, faire un choix, prendre une direction et le dire, c’est le privilège des humains et aussi passer le cap du meurtre comme de la délivrance, éprouver la liberté enfin, se libérer ou se dissoudre. Et les philosophes ont parfois erré dans les studios de Chess Records : la preuve.

La très new-yorkaise Marlena Shaw et la diabolique guitare à sourdine qui l’accompagne ici, en 1969, dans l’indispensable album « Spice of Life », font mine de se poser la question : où aller ? Elles répondent, à la fin, bibliquement,  : « No more wandering for me, for at last I am free. » Plus d’errance pour moi, je suis enfin libre. Répondons liturgiquement : que les anges du ciel les protègent de leurs ailes de plumes !