Inner City Blog


The wizard

Hermeto Pascoal est dingo, albinos, brésilien, multi-instrumentiste et sentimental. Un satyre farceur débarqué à Recife en 1950 du bled d’Arapiraca, caillasse perdue dans la savane de l’Etat d’Alagoas, avec dans le dos une guitare et un accordéon sur lesquels il tricotait comme un virtuose.

Dès lors, lorsque o bruxo, le sorcier jaune, Hermeto-le-mage a déboulé dans les parages, Miles Davis a par exemple été contraint de saluer « le musicien le plus impressionnant du monde ». Et tout le reste est à l’avenant.

Les divagations de son père édenté, les soupirs flapis d’un cheval ou les bulles d’une flûte sous l’eau ont aussi bien servi de fondation à ses chansons. Pardon : à ses incantations enchantées autour desquelles volettent de minuscules femmes nues ailées.



Southbound

Je disais, il y a tout juste un an, tout le mal que je pensais de l’espoir. Mais l’impatience, c’est autre chose. Pour elle, le bonheur est vivable, là, dans la rue d’à côté. Le paradis approche toujours, avec ses toits de tuiles, son hérissement d’antennes dans le ciel pur, la grande mer accotée et les jardins de bougainvilliers au-dessus des murets. On prend la route et il apparaît entre les lacets. On n’y est pas encore et pourtant… Les vitres baissées, le vent tiède frappe comme un bourdon. S’installer n’est rien, c’est arriver qui comble.

C’est Al Green qui a allumé la mèche, avec ce « Simply Beautiful » qui est sans doute l’ultime soupir d’amour viril. Hier soir, chez moi, le révérend a déplié la carte du Sud. Montré le chemin. Ouvert les nuages pour laisser passer le soleil du matin. La valise est faite. Comme Blaise Cendrars, il faut siffler son chien et viser la Méditerranée, notre grande sœur.



Badass fairy godmother
1 juillet 2011, 12:47
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Chocolat, brûlé, bois. Roussi, châtaigne, brun. Le café s’écoule d’un trait raide et sombre dans le verre. Le bruit sec du chocolat se brise sur les dents. Une poutre de chêne noir traverse un mur blanc. Le bras posé de Pam Grier chauffe, sur la plage, l’été.

Roy Ayers revient souvent ici. En locomotive, en machine volante, sous forme de fumée. Cette fois, c’est sous la forme d’une affirmation, brute, simple, groovy comme le film qui lui a donné naissance, où la panthère noire de Harlem soldait ses comptes, jadis, comme naguère, vieille école, avec une pétoire et des jambes rêvées.



Black descarga

Pourquoi, dans l’histoire des musiques noires, omet-on la plupart de temps le son des ports de pêche décatis, le montuno des montagnes, la salsa dura des night-clubs, la rumba des buvettes ? C’est une hérésie, n’est-ce pas, d’oublier que l’arc caraïbe, entre les cabanes de Porto-Rico et cette Colombie qui eut au XIXe siècle le premier Président noir du continent, est une terre afro-américaine au même titre que Detroit, New Orleans ou Atlanta. Une terre de mulâtres anglophones, d’Espagnols oubliés, de réprouvés bataves, de Français en cavale. Les hommes capables d’aimer durement savent que les jeunes femmes des petites villes de Colombie ont le sang noir.

La preuve. Lorsque le Fania All Stars se produisit à Kinshasa au troisième jour du délirant Rumble In The Jungle de 1974, l’amitié de la foule des Zaïrois fit s’illuminer la nuit. Bill Withers se sentit alors obligé de se confier un journaliste, pour avouer qu’il avait eu le sentiment d’avoir été un peu « un étranger », en comparaison de cette bande de fous indéterminés, flambant sous la houlette du faune Johnny Pacheco, du frère Cheo Feliciano et les sortilèges de l’extraterrestre Jorge Santana.



Break free

Abandonnez ces ambitions, oubliez vos patrons, effacez vos souvenirs, riez fort, méprisez vos appartements, ne répondez pas aux certitudes, buvez trop, bousculez vos mères, souriez à cet homme, fermez les yeux, mesdemoiselles, et vous pourrez être aimées comme le ferait ce gros chat de B.B. King, une nuit de 1974 à Kinshasa.



The right to be light
24 juin 2010, 5:13
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Avait déjà été proclamé ici le droit à la légèreté, à la vie sans souci, au sifflement dans la rue… L’été enfin venu, le ciel vert du soir ayant repris ses assises sur nos journées, redisons-le une fois de plus avec Roy Ayers, nous laissant flotter avec lui dans une odorante fumée rose, agrémentée dans « Sensitize » d’une basse-continue de bonbons wah-wah, d’une basse électrique simple comme un cocktail sur lequel scintillerait le petit feu pétillant d’un vibraphone.

On peut alors goûter, comme Jean de la Croix, comme sur une plage des Seychelles, au long plaisir de faire la nuit en soi.



Funky survivors
25 mai 2010, 3:04
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Non, les Bar-Kays ne sont pas tous morts dans le crash de l’avion d’Otis Redding. Ben Cauley fut même le seul survivant, tandis que James Alexander n’était pas dans l’avion.

Quelques recrues nouvelles et une poignée d’années plus tard, ils paradaient même au grand stade de Los Angeles où, en 1984, un homme en jet-pack atterrira devant des caméras venues du monde entier, pour donner le titre éponyme, comme on dit, du nanard « Son of Shaft » tournée l’année précédente et qui fit un bide mérité. Ils sont même encore vivants et continuent de tourner autour du génie, sans jamais vraiment l’atteindre, mais avec des costumes merveilleux.