Inner City Blog


No confidence

Et pourquoi faudrait-il être intrusif et méchant ? Et pour quelle étrange raison, germée dans quel esprit tourmenté, faudrait-il nécessairement peiner avec des scrupules pour survivre ? Aucune fatalité, aucune loi naturelle, ne nous oblige à être une conscience embrûmée, résignée à la vantardise et à la honte. Seul l’abandon. No condition is permanent, disait les ghanéens funky de Marijata en 1976.

Il y a depuis bien longtemps plusieurs choses dont je me méfie, puisqu’elles sont les ambassadrices de cette mentalité : le téléphone portable, les plateaux de télévision, les causes d’Internet, le cinéma d’aujourd’hui, le prime-time, l’angoisse du dimanche soir. C’est en cela que je suis moderne. Comme beaucoup, c’est ce qui fait de moi un enfant du XXIe siècle.



Funk for God

L’œucuménisme n’est pas exempt de sens du groove, ainsi que le prouvent ici Bala Miller & the Great Music Pirameeds of Afrika, un groupe haoussa qui fit se déhancher, dans les années 70, le nord musulman du Nigeria.

Sans doute le fait qu’ils chantent ici « La Volonté de Dieu » (Ikon Allah) était-il aussi, pour ces chrétiens du coin, une façon de s’assurer une place dans les clubs musulmans de la région… Mais n’était-il pas une façon de dire, par anticipation, qu’il est consternant que, désormais, dans les soap-operas à l’eau de rose et hilarants tournés à Kano aujourd’hui, dont les DVDs se répandent comme une traînée de poudre dans tous les « maquis » d’Afrique de l’ouest, il soit interdit de s’embrasser ?



41 Fosbery Road, Calabar (Nigeria)
27 avril 2010, 6:27
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Je ne suis jamais allé à Calabar, mais je m’y rendrai un jour sans doute, à force de passer à l’ouest, à l’est, au nord et au sud de cette cité balnéaire mythique du Nigeria, je vais finir par me retrouver embourbé dans ses lagunes et ses inondations.

C’est de là que l’affreux Charles Taylor, se sachant traqué par le monde entier, Abuja et Interpol réunis, tenta de fuir en 2006 vers on ne sait où, vers le sud, vers le Cameroun, dans une vieille Jeep, sous un mauvais déguisement, une valise gonflé de plusieurs centaines de milliers de dollars jetée sur le siège arrière, avant d’être identifié par une petite troupe de douaniers qui a eu l’insigne privilège d’avoir attrapé ce Louis XVI à Varennes de l’Afrique moderne.

J’irai alors au Luna Nite Club dont parlait l’excellent Comb & Razor, guidé par le son hypnotisant de cette merveilleuse publicité musicale, fournissant même toutes les explications pour s’y rendre…



Mista Gingerman
14 avril 2010, 6:38
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L’affreux batteur Ginger Baker mit les bouts un jour vers le Nigeria, quelques fous autochtones sous le bras, pour enflammer à son tour les nuits de Lagos et d’Ibadan. Entraînant dans la queue de sa comète enflammée le jazz et le funk qui pompait alors les nuits de New York et de Londres, le compagnon de route du Parti Claptoniste International a laissé derrière lui Jimi Hendrix, Santana et quelques autres barons du rock psychédélique.

Ce coffre aux trésors n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Une dizaine d’années de fuzz funk, d’afrobeat et de rock nigerian s’en est suivi, pour autant que les galonnés de l’armée en laissait la liberté aux porteurs de pattes d’éléphants du pays, comme par exemple cet obscur Action 13 réclamant plus de pain pour le peuple, en attendant Fela « Qui porte la mort dans sa besace » Kuti.



Revolutionary tears
1 avril 2010, 10:34
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Le chauffeur de taxi s’appelait Souleymane, écoutait de vieilles cassetttes de reggae jamaïcan et réajustait d’une main, après chaque mouvement, le foulard bleu roi qu’il avait méticuleusement noué autour de son crâne.

Sa voiture était une vieille Mercedes jaune dont le volant était gainé de cuir. Sous les pieds, une planche bouchait les trous qui donnaient sur le châssis. A l’arrière, le pare-brise était fait de film alimentaire. Il conduisait avec prudence, slalomant comme une couturière entre les passants du marché de Banjul.

Ce jour-là, il s’est arrêté net au milieu d’une avenue. Un coup de frein et son visage a changé. Après un silence, il a ouvert sa portière. Il a alors étendu sa jambe hors de la voiture, devant lui, hors de portée des yeux du passager. Avec plusieurs petits coups, il a manifestement éloigné quelque chose de la trajectoire de ses roues. Puis il a refermé la portière, enclenché la première et, la bouche fermée, a continué son chemin sans prononcer un mot.

En se retournant, le passager a pu voir que Souleymane avait écarté un cadavre de vieillard qui obstruait la route. Les yeux du chauffeur de taxi étaient rouges de larmes et il disait : « OK, OK… ».

Les paroles de certaines chansons de Fela Anikulapo Kuti, notamment « Authority Stealing », sont retranscrites ici.