Inner City Blog


Brooklyn bravado

Que les malheureux qui, depuis des années, pérorent en disant de Marvin Gaye qu’il est un chanteur pour midinettes, philosophe pour classes terminales, sex-symbol d’adolescentes prolétarisées et idoles de garçons-coiffeurs trop délicats, sortent dans la rue, écoutent la bande originale du film « Troubleman » et se taisent.

Nous autres, sans eux, nous jouirons virilement de ce « T Stands For Trouble » enduit d’une couche dorée et noire, faite d’un Moog un peu gras, de cuivres à la majesté romaine et d’une petite formation de vents particulièrement groovy. Nous les repousserons avec dédain, d’un revers de notre petite guitare pincée assassine, nos congas, notre sax et notre basse électrique aussi indifférente qu’un macho de Brooklyn.



Watching the ships roll in

Qui, de nos jours, peut encore se targuer d’être capable de s’allonger et de regarder où son regard le porte, au gré du temps ? Qui, dans ces temps d’urgence, peut encore supporter de regarder longtemps par la fenêtre, de s’asseoir sur un balcon et de manger du chocolat en regardant la rue s’enfoncer dans le soir, comme le Meursault d’Albert Camus du haut de son immeuble de Belcourt ? Qui, du reste, s’en vanterait ?

Wes Montgomery n’avait pourtant le temps de rien, lui qui travaillait le matin dans une usine de composants électriques pour nourrir ses cinq enfants avant d’aller fumer dans les clubs d’Indianapolis. Le temps de rien, et même pas de vivre : il est mort à 43 ans d’une crise cardiaque.

Essayons donc de faire ce dont il rêvait.



Caligula’s joy

Les étés peuvent être de terribles révélateurs, comme les lumières de salle de bain, comme les bains chimiques qui révélaient naguère des photos floues, ratées, stupidement trompeuses, fades comme des endives, banales comme des canapés. Après avoir invité une méchante guitare, The Isley Brothers, en voulant redonner aux brises d’été leur souffle de fleurs, la douceur des draps des amoureux, la liberté inspirée par les ciels verts des soirs de Méditerranée, leur rend du même coup leur folie confuse, leur crispation muette, leur exaltation angoissée comme les joies de Caligula.

Coup de maître sur lequel certains dansent malgré tout, comme dans les flammes d’un enfer rose.



Do what you do best
16 mars 2010, 6:11
Filed under: Jazz, Soul | Mots-clefs: , , , , , , , , ,

Il y a plus d’un « child of the ghetto » autour de nous. Mais notre vie avance avec nos propres lourdeurs. Agir pauvrement. C’est la vertu des grands coeurs. Ceux qui accusent les innocents en réalité se détestent eux-mêmes. Les nouveaux « juges-pénitents » d’Albert Camus ont souvent trouvé en Afrique de quoi satisfaire leur onanisme masochiste. En attendant, tous coupables et la misère reste la misère.

Que faire ? Ceux qui savent faire de la musique chantent. Comme ici la délicieuse Susaye Greene et le saxophoniste Courtney Pine, dans l’un de ses titres les plus célèbres. Que l’on vienne me dire que ça ne sert à rien.