Inner City Blog


Audio opium
11 septembre 2011, 1:12
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La pluie d’automne bat sur les vitres. Le corps engourdi fait à peine mal. La journée, comme le destin, est vide. C’est alors que la lumière du jazz et de la soul prend tout son sens. Comme les théâtres déserts, l’après-midi, comme les salles de concert avant l’entrée du public, quelque chose est chic, envoûtant et opiacé. C’est le remède contre la fadeur.

Les Canadiens groovy du Souljazz Orchestra, dans cette « Fleur de lotus » qui sent le whisky, l’encens et l’amour, le redisent encore, incidemment, au cas où nous ne l’aurions pas encore compris.



Southbound
10 août 2011, 8:51
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Je disais, il y a tout juste un an, tout le mal que je pensais de l’espoir. Mais l’impatience, c’est autre chose. Pour elle, le bonheur est vivable, là, dans la rue d’à côté. Le paradis approche toujours, avec ses toits de tuiles, son hérissement d’antennes dans le ciel pur, la grande mer accotée et les jardins de bougainvilliers au-dessus des murets. On prend la route et il apparaît entre les lacets. On n’y est pas encore et pourtant… Les vitres baissées, le vent tiède frappe comme un bourdon. S’installer n’est rien, c’est arriver qui comble.

C’est Al Green qui a allumé la mèche, avec ce « Simply Beautiful » qui est sans doute l’ultime soupir d’amour viril. Hier soir, chez moi, le révérend a déplié la carte du Sud. Montré le chemin. Ouvert les nuages pour laisser passer le soleil du matin. La valise est faite. Comme Blaise Cendrars, il faut siffler son chien et viser la Méditerranée, notre grande sœur.



Grace and complaints
5 juin 2011, 8:35
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L’orage brutal flashe sur les toits. Dimanche s’endort interminablement. Mon frangin est laid, grince dans son harmonica et se plaint sans arrêt. Il sent l’eau de Cologne et la cigarette. Mais il a de la grâce en s’avançant, son instrument dans sa grande main tordue et son rictus édenté offert aux belles femmes qui, sobres, sont encore lucides. Mon frère Sonny Boy Williamson se plaint des frangines. Je me tais.



Three minutes truth
27 février 2011, 6:18
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Un 45-tours, c’était trois minutes pour dire la vérité.

Dans son ballon mauve, Freddie North est juste une fois passé au-dessus de nos villes, entre les briques rouges de nos murs et nos antennes rouillées, entre 1973 et 1975. Et puis il a disparu derrière le métro aérien, enveloppé par les fumées de nos cheminées collectives, dans les trainées dorées de ses cuivres. Nous sommes restés là, avec sa petite guitare chaloupant dans nos reins et un petit morceau de papier qu’il nous a glissé dans la poche : notre amour peut facilement se changer en haine, voilà tout. Merci et au revoir, Freddie.



Erotic witchcraft

Il est étrange, extrêmement étrange, ce titre des 24-Carat Black, aussi étrange qu’une introspection de haschichin. Une voix de femme s’enroule autour d’une diabolique basse électrique du pays des merveilles. Une Alice tombe longuement, interminablement, au fond du puits des rêves, croisant des horloges, des chats, des théières et des automobiles.

« The Best Of Good Love Gone » ou la black soul cérébrale. Les yeux fermés sur un kaléidoscope psychédélique, incantant l’amour perdu, « le meilleur de l’amour envolé », les mains ouvertes et les épaules mouvantes comme celles d’une pythie, d’une magicienne. La Diotime de Socrate qui nous enseigne l’érotisme et le gospel.



Break free

Abandonnez ces ambitions, oubliez vos patrons, effacez vos souvenirs, riez fort, méprisez vos appartements, ne répondez pas aux certitudes, buvez trop, bousculez vos mères, souriez à cet homme, fermez les yeux, mesdemoiselles, et vous pourrez être aimées comme le ferait ce gros chat de B.B. King, une nuit de 1974 à Kinshasa.



Scarthing
24 décembre 2010, 2:07
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Les jours vides, on peut aussi bien ouvrir un vieux tiroir où, depuis des mois, un objet sommeillait dans l’obscurité en nous terrorisant. Aussi bien, ce peut être un 45-tours comme ce « Right On » du vieux Clarence Wheeler (l’homme qui composa la musique des Woody Woodpecker) et ses Enforcers, ou lui ressembler. Tant de choses ressemblent aux vieilles chansons.

Prendre cet objet dans ses mains, c’est prouver ou non que la cicatrice qu’il avait ouvert s’est refermée. Ou bien, au moins, qu’elle est toujours visible, sensible, mais diffuse, presque éteinte, quasiment voluptueuse dans son irritation douce, comme le souvenir d’une nudité perdue à jamais, encore érotique mais disparue pour toujours.