Inner City Blog


Brotherly advice
11 février 2014, 5:41
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Earl King

Il pleut depuis bien trop longtemps des miettes de glace, mais il y a Earl King. La vie des hommes est suspendue au hasard et à la bienveillance, autant dire un souffle, une brise, et pourtant nous la vivons les mains dans les poches, triturant un ticket de métro, les yeux tournés vers notre désir, pendant que miaulent nos diables du blues, les aveugles, les boîteux, les réprouvés, les pensionnaires du fond de l’autobus, les Earl King, les Jimi Hendrix.

Et tout ça pour quoi ? Pour nous convaincre de laisser les bons temps rouler. Parole tenue. Si tu mens, tu vas en enfer.



I’m not that well
27 juillet 2012, 7:51
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Dans la nuit tiède du cynisme, on complote. On se demande quelle vilénie encore va pouvoir peupler nos lendemains, quelle idiotie amusante on va pouvoir faire subir aux autres, quel détachement d’artiste on va pouvoir arborer. C’est un luxe que certains ne peuvent pas se permettre. Pour eux, deux solutions et demi : le suicide ou la folie. Ou (la demie-part), l’effort pour être un honnête homme, honnête d’abord avec lui-même et ses cahots.

C’est alors une libération. On peut légitimement énumérer, comme Seu Jorge et sa consoeur Ana Carolina ici en public, sur une musique de Serge Gainsbourg, la liste des victimes. Thomas Chatterton, le gosse qui se buta à l’arsenic à 17 ans, a les honneurs de présider. Et nous tous de conclure : « Et moi, je ne vais pas très bien. »



Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



Divine comedy
17 décembre 2011, 12:23
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Empoignez d’abord votre bouteille de Jack Daniel’s à moitié pleine et avalez une rasade. Assurez-vous qu’il vous reste des cigares. Vérifiez que vos péchés sont à vif, vos secrets honteux et la grâce à vos côtés. Entourez-vous maintenant de vieux chats touchés, comme vous, par le rayon transfigurateur des fées du blues et enfilez votre chemise de prisonnier, en faisant bien attention à vous être préalablement vêtu d’un impeccable T-shirt blanc d’ange des bayous. Devisez. Affrontez le diable d’homme à homme. Attrapez votre harmonica dans votre main droite et servez.

… On ne peut idiotement visionner le chef d’oeuvre ci-dessous que directement sur YouTube



Radio is the future
27 juin 2011, 5:36
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Faut croire qu’ils sont comme ça, les types à la radio. Ils mettent un disque et ils attendent. Le bras levé sur la galette noire et les milles comètes des sillons, puis ils posent le diamant et ils se taisent, allument une cigarette et ne sentent rien. Rien ou presque. Presque rien.

Celui-là vient de mettre « Harlem Country Girl » de l’insolent trompettiste et guitariste oublié Olu Dara, baptisé ainsi plutôt que Charles Jones III par un prêtre yoruba après une virée au Nigeria, un baladin fumeur de clopes, un ahaneur de micro, vaguement écoeuré, buveur de café, père du rappeur Nas, sans savoir que, quelques kilomètres plus loin, je cherchais. La radio, c’est l’avenir.



Grace and complaints
5 juin 2011, 8:35
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L’orage brutal flashe sur les toits. Dimanche s’endort interminablement. Mon frangin est laid, grince dans son harmonica et se plaint sans arrêt. Il sent l’eau de Cologne et la cigarette. Mais il a de la grâce en s’avançant, son instrument dans sa grande main tordue et son rictus édenté offert aux belles femmes qui, sobres, sont encore lucides. Mon frère Sonny Boy Williamson se plaint des frangines. Je me tais.



Ain’t nothing
17 mai 2011, 6:34
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Fumeur de clopes, buveur de cafés, râleur de grenier, mangeur de gigot, grignoteur de pain, nageur de criques, chasseur de criquets, plongeur de haubans, glandeur de pont, goûteur de poulpes, roi de rien, empereur de personne, rigolard de salon, coupeur de cheveux en quatre, chipoteur de disputes, poète de petites filles, raconteur de bobards, chapardeur de monnaie, miauleur de soirs d’été, aboyeur de matins d’hiver, siffloteur de rues, je suis fait pour tous ces métiers, pas pour les autres, je disais encore l’autre jour, avant d’être interrompu par Bill Withers…