Inner City Blog


Badass fairy godmother
1 juillet 2011, 12:47
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Chocolat, brûlé, bois. Roussi, châtaigne, brun. Le café s’écoule d’un trait raide et sombre dans le verre. Le bruit sec du chocolat se brise sur les dents. Une poutre de chêne noir traverse un mur blanc. Le bras posé de Pam Grier chauffe, sur la plage, l’été.

Roy Ayers revient souvent ici. En locomotive, en machine volante, sous forme de fumée. Cette fois, c’est sous la forme d’une affirmation, brute, simple, groovy comme le film qui lui a donné naissance, où la panthère noire de Harlem soldait ses comptes, jadis, comme naguère, vieille école, avec une pétoire et des jambes rêvées.



Brooklyn bravado

Que les malheureux qui, depuis des années, pérorent en disant de Marvin Gaye qu’il est un chanteur pour midinettes, philosophe pour classes terminales, sex-symbol d’adolescentes prolétarisées et idoles de garçons-coiffeurs trop délicats, sortent dans la rue, écoutent la bande originale du film « Troubleman » et se taisent.

Nous autres, sans eux, nous jouirons virilement de ce « T Stands For Trouble » enduit d’une couche dorée et noire, faite d’un Moog un peu gras, de cuivres à la majesté romaine et d’une petite formation de vents particulièrement groovy. Nous les repousserons avec dédain, d’un revers de notre petite guitare pincée assassine, nos congas, notre sax et notre basse électrique aussi indifférente qu’un macho de Brooklyn.



The coincidence

Le holster de Frank Bullit est harnaché sur son col roulé bleu. Une veste en laine et un imperméable mastic le protègent du vent froid de San Francisco. Sa Ford Mustang est vert sombre comme l’eau glauque du Fisherman’s Wharf. La guitare jazz de la bande originale rythme le pas des Clark’s du lieutenant taciturne incarné par Steve McQueen…

Mais, et si Lalo Schifrin n’avait pas écrit son « Shifting Gears » sur les images de la célèbre poursuite entre la bête de 1969 et la Dodge noire des bad guys ? Et si, contrairement au maître argentino-californien, pianiste prodigue de Dizzy Gillespie, le réalisateur britannique Peter Yates avait plutôt confié la musique de son film aux laborantins funky du Mahavishnu Orchestra ?

Voyons ça.



Sunday night turn-on
21 septembre 2010, 3:21
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Une simple histoire de bail bondsmen, deux potes qui prêtent des cautions et récupèrent les payeurs récalcitrants, embringués dans une traque de super-maquereaux cruels, chacun sapé de manière plus pimpin’ good que l’autre, et des putes à 280 000 dollars : Truck Turner, c’est ça.

Pourquoi être allé acheter ce DVD pas cher, un dimanche ensoleillé, et l’avoir regardé dans la nuit, avec des cigarettes et du café ? Pour pouvoir jouir encore de la musique du générique signé Isaac Hayes, lequel se balade tout le film avec sa boule à zéro, sa barbe drue et un méchant petit blouson de jean.



Funky survivors
25 mai 2010, 3:04
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Non, les Bar-Kays ne sont pas tous morts dans le crash de l’avion d’Otis Redding. Ben Cauley fut même le seul survivant, tandis que James Alexander n’était pas dans l’avion.

Quelques recrues nouvelles et une poignée d’années plus tard, ils paradaient même au grand stade de Los Angeles où, en 1984, un homme en jet-pack atterrira devant des caméras venues du monde entier, pour donner le titre éponyme, comme on dit, du nanard « Son of Shaft » tournée l’année précédente et qui fit un bide mérité. Ils sont même encore vivants et continuent de tourner autour du génie, sans jamais vraiment l’atteindre, mais avec des costumes merveilleux.



Funk for God

L’œucuménisme n’est pas exempt de sens du groove, ainsi que le prouvent ici Bala Miller & the Great Music Pirameeds of Afrika, un groupe haoussa qui fit se déhancher, dans les années 70, le nord musulman du Nigeria.

Sans doute le fait qu’ils chantent ici « La Volonté de Dieu » (Ikon Allah) était-il aussi, pour ces chrétiens du coin, une façon de s’assurer une place dans les clubs musulmans de la région… Mais n’était-il pas une façon de dire, par anticipation, qu’il est consternant que, désormais, dans les soap-operas à l’eau de rose et hilarants tournés à Kano aujourd’hui, dont les DVDs se répandent comme une traînée de poudre dans tous les « maquis » d’Afrique de l’ouest, il soit interdit de s’embrasser ?



Machine in the sky

Qui sait encore, comme le surent Lalo Schifrin ou Bernard Hermann, écrire de grandes et légendaires compositions pour illustrer des courses-poursuites, des déguerpissages, des fuites à toutes jambes ou à brûler les pneus de sa Mustang, des fugues urbaines tournés avec quelques caméras seulement ?

Le groupe californien War, essentiellement connu pour le bizarroïde « Low Rider » et l’insupportable « Why Can’t We Be Friends », s’y est essayé dans le film Young Blood, évidemment l’histoire d’un enfant du ghetto qui, etc… Le résultat : « Flying Machine (The Chase) », un engrenage funky au cliquetis latin, dominé par une souveraine flûte d’ashram de hachichins, un grand ptérodactyle mécanique et multicolore planant au-dessus de nos villes grises et mouillées.