Inner City Blog


A serious widow

Rien de particulier à dire sur cette femme, sinon que son nom de scène, Vicki Anderson, est aussi anodin que son nom de naissance, Myra Barnes, qu’elle est la veuve de Bobby Byrd et que James Brown la considérait comme la meilleure chanteuse de soul qui ait jamais foulé notre vallée de larmes.

L’hymne féministe livré ici est son accomplissement. La voici un peu éloignée du micro, haussant le ton avec défiance, avec cette démarche chaloupée qu’ont ceux qui connaissent leur valeur, drapée dans sa féminité, Myra « Vicki » Barnes « Anderson », ou quel que soit son nom…

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Cold times

Tous les héros ont été tués ou trahis, ainsi va la politique pour beaucoup, surtout pour la plupart de ceux qui n’acceptent pas que la politique se pratique en rafales, par épisodes, moment après moment, victoire et défaite, la vie et la mort n’étant que des moments de l’ascension ou de la chute, l’abandon était souvent le seul point final qui offre la victoire à l’adversaire et le recul un geste tactique autant que l’avancée.

Ainsi Gil Scott-Héron, dans sa plus belle chanson avec Brian Jackson à mon avis, avoue-t-il ici, pour nous aussi en 2010, que « personne ne se bat parce que personne ne sait quoi dire ».



Protofunk park

Mais que faisait James Brown avant de devenir M. James Brown ? Après avoir été leur batteur, il virevoltait, râlait, dansait, hurlait, tapait dans ses mains et tordait des micros devant The Flames, un petit groupe de la préhistoire du funk fondé par Bobby Byrd et sa voix de Lucky Strike.

Les Flames sont devenus peu à peu The Famous Flames, puis James Brown & His Famous Flames, puis plus rien. Bobby Byrd est devenu le loup solitaire que l’on connaît et James Brown la pile nucléaire que l’on sait.

Avant cela, au tout début, il y avait la cause, où il s’agissait avant tout de compter ses partisans et de les enjoindre de conquérir leur liberté.



Happy as a baby boy
23 avril 2010, 3:56
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Difficile de le déceler, mais Nathaniel Adams Cole souffrit mille humiliations, même après être devenu Nat « King » Cole, le plus envoûtant crooner du siècle, né noir en Alabama, prenant les oripeaux d’un pauvre migrant noir à Chicago, puis le smoking d’un artiste noir à Hollywood et le costume de la vedette noire de la convention démocrate qui a désigné JFK à la candidature présidentielle.

On sait par exemple qu’en emménageant dans le quartier chic de Hancock Park avec sa famille, il avait irrité ses abrutis de voisins blanc-becs, lesquels lui avaient fait parvenir une lettre dans laquelle les croquants lui signifiaient qu’ils ne voulaient pas de personnes « indésirables » dans le voisinage. Nat King Cole leur répondit que s’il apprenait qu’il en existait dans le coin, il le ferait immédiatement savoir à ses voisins.

Malgré les “honnêtes citoyens” et les “usagers en colère”, gardons en mémoire la leçon de Montaigne et du King, ici avec deux autres rois mages (Coleman Hawkins et Oscar Peterson, pardon vos majestés) faisant la révérence à cette décidément “Sweet Lorraine” :

« Il faut estendre la joye, mais retrancher autant qu’on peut la tristesse. Qui se faict plaindre sans raison, est homme pour n’estre pas plaint, quand la raison y sera. C’est pour n’estre jamais plaint, que se plaindre tousjours, faisant si souvent le piteux, qu’on ne soit pitoyable à personne. Qui se faict mort vivant, est subject d’estre tenu pour vif mourant. »



Black Athena
8 mars 2010, 9:16
Filed under: Jazz, Soul | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Son prénom d’artiste, Eunice Kathleen Waymon l’a choisi pour un homme et son nom de famille pour une femme. Un amant latinoaméricain la surnommait « niña » et, au-delà de toutes, elle admirait Simone Signoret. Intransigeante grande sœur des femmes noires de la deuxième moitié du XXe siècle, elle ne céda jamais sur cette triple filiation que ces choix inspiraient : l’amour, la lutte et la beauté. Le triste roman américain de son enfance a fait d’elle ce monument de la chanson, cette vamp révolutionnaire, l’Athéna noire d’une Amérique qui s’est libérée par la musique, la lutte intellectuelle et  la rébellion intérieure.

Ain’t Got No… I Got Life est pourtant une chanson de Blanc, tirée de la comédie musicale Hair. Mais l’interprétation en public livrée ici, à Harlem en 1969, est toute entière empreinte de gravité et de soul, alliance noire et lucide parfaite que Nina Simone seule est parvenue à maintenir une vie durant, dans un monde qui de plus en plus chérit la jovialité inconséquente des idiots.