Inner City Blog


Finance nothingness
5 juillet 2012, 9:48
Filed under: Soul | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Il y a de quoi en avoir assez, de l’argent. Je connais des hommes, des incapables, des inadaptés, des rêveurs baudelairiens dans Athènes en crise, des râleurs aux poches crevées à Paris, des punks sentimentaux, des Américains renégats, qui mériteraient qu’on se cotise pour eux. Nous tous, un euro chacun par an. Pour qu’ils puissent vivre de bouts de pain et de fromage, de draps propres, de contemplation de filles et de monuments splendides, tant qu’il est bon que cela se fasse ainsi. Ils ne viendraient peut-être nous embarrasser qu’avec un peu d’art, un je ne sais quoi de beauté, trois fois rien de splendeur, à la rigueur.

Mais que Barrett Strong ait tricoté seul ce tube tout de guitare surf, de chœurs façon Ray Charles et ses Cookies, de voix de papier de verre, avant d’écrire Through The Grapevine, War, Ball Of Confusion et Papa Was A Rollin’ Stone, est un scandale. Que les Lennon-McCartney et la bande aient su en tirer le suc est difficile à admettre.

Nous autres, nécessairement, nous devons être des paresseux. Je ne vois pas d’autre explication.



Trip room

Une longue absence, donc un disque à la main… Sortie d’on ne sait où, vers Washington DC avec un père saxophoniste en uniforme, voici Meshell Ndegeocello. Cette dame a donné naissance, sur un dernier album polymorphe, à un oeuf-bijou enchanté et maléfique, une bulle obscure et chic dans laquelle se plaint une femme opprimée, un longue plaidoirie d’avocate des night-clubs et des droits du peuple : Rapid Fire.

En ouvrant la porte de la chambre d’où provient la musique, on respire pour notre envoûtement l’air de la Cold Wave et de ses prophètes noirs, mêlé au chant rituel d’Iggy Pop, dans la fumée de Gil Scott Heron.



The Revolution will not give your mouth sex appeal
28 mai 2011, 5:14
Filed under: Funk, Soul | Mots-clefs: , , , , , , , ,

C.Q.F.D. (1949-2011)



Old precious rubbish

Dans le grenier, un matin d’ennui, il trouva sa visionneuse de diapositives, un vieux cadeau qu’il avait oublié depuis que sa grand-mère était morte, un après-midi, des années auparavant. Sans doute, avec les petites automobiles beiges Simca qu’il faisait naguère rouler droit sur les marches de la cave, avait-il décidé idiotement, quelque part dans les brumes de son esprit d’enfant, qu’il n’y toucherait plus de peur d’y revoir les jours passés ou, au moins, des images qui lui sauteraient au visage et agripperaient son cœur pour ne plus le lâcher des heures durant. Alors, il l’avait rangé entre les tranches pelucheuses de vieux livres. Pourtant, ce jour-là, il cala ses yeux dans les manchons de plastique et actionna la mollette qui faisait tourner les vignettes. Dedans, il n’est pas sûr aujourd’hui, mais il croit qu’il vit ceci :



Beach shops in December
20 août 2010, 9:56
Filed under: Soul | Mots-clefs: , , , , , , , , ,

Pour quelle étrange raison Stevie Wonder a-t-il colorié avec une musique hypnotique, hoquetante comme un sample, répétitive comme une obsession, ce texte qui frôle en permanence la grâce de la vérité et la pose du ridicule ? Elle n’entend pas, mon gars, ça ne sert à rien de continuer à s’échiner… Elle est fermée comme une boutique de plage en décembre.

C’était en 1966, à la fin de son premier album adulte, « Down To Earth », le dernier titre au bout du disque, comme un adieu, trois fois rien… Et pourtant ce « Hey Love »-là, de sa démarche claudicante et irrésistible, s’est hissé au sommet des palmarès des radios de Detroit.

Et puis il a été injustement oublié, comme les belles amours sont injustement effacées dans les souvenirs au profit d’infectes blessures.



Resist if you can

Que fait-on, en 1973, lorsqu’on se nomme Donaldson Toussaint L’Ouverture Byrd II (abrégé en Donald Byrd, tout de même), que l’on est issu d’une famille ordinairement opprimée de Detroit, que l’on a su prendre, à l’âge du lycée, la suite de Clifford Brown au sein des Jazz Messengers, que l’on a bientôt joué avec Herbie Hancock, John Coltrane, Thelonious Monk et Sonny Rollins, et que, soudain, on a décidé de partir seul, avec sa trompette, faire autre chose que ce que l’on a déjà fait ?

A peu près ceci, mélange de tout, agglomération de sons et de rythmes dorés et noirs, un autre jazz, un autre genre… Résistez, si vous le pouvez.



Black square
6 mars 2010, 7:20
Filed under: Funk | Mots-clefs: , , , , , , , , ,

Dans l’élévation progressive, dramatique, baroque, de ce diamant noir, il y a l’odeur de caoutchouc des pneus de Cadillac, l’âpre volatilité du haschich et le chant grave de la cerise dans un verre de Jack Daniel’s.

Encore un autre inconnu a mis en ligne, sur fond noir, ce cool trip du groupe de Cincinnati 24 Carat Black, qui aurait mérité pourtant un Pierre Soulages.