Inner City Blog


Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.



Southbound
10 août 2011, 8:51
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Je disais, il y a tout juste un an, tout le mal que je pensais de l’espoir. Mais l’impatience, c’est autre chose. Pour elle, le bonheur est vivable, là, dans la rue d’à côté. Le paradis approche toujours, avec ses toits de tuiles, son hérissement d’antennes dans le ciel pur, la grande mer accotée et les jardins de bougainvilliers au-dessus des murets. On prend la route et il apparaît entre les lacets. On n’y est pas encore et pourtant… Les vitres baissées, le vent tiède frappe comme un bourdon. S’installer n’est rien, c’est arriver qui comble.

C’est Al Green qui a allumé la mèche, avec ce « Simply Beautiful » qui est sans doute l’ultime soupir d’amour viril. Hier soir, chez moi, le révérend a déplié la carte du Sud. Montré le chemin. Ouvert les nuages pour laisser passer le soleil du matin. La valise est faite. Comme Blaise Cendrars, il faut siffler son chien et viser la Méditerranée, notre grande sœur.



Adult party

Dès la vingt-septième seconde, elle saisit la mesure du génie et l’on peut voir, vraiment voir, la gifle versicolore frapper sa joue droite et faire pivoter son beau visage. Puis elle disparaît et les adultes prennent possession de l’espace. L’enfant, assise, les genoux repliés sur sa poitrine devant la famille Stone, se laisse enduire par l’esprit de Sly le faune, qui dévide sa pelote comme l’homme-orchestre, le bateleur de foire, le troubadour érotique qu’il est, « Hot Fun In The Summertime », « Don’t Call Me Nigger, Whitey » et « Higher », enchaînés l’un à l’autre comme une corde dorée sur laquelle on aurait tressé des rubans de couleurs criardes.



Out of Addis

C’était bien avant les flaques de boue entre lesquelles zigzaguent, en ce mois de juillet d’agonie, les vieux taxis Peugeot 404 bleus et blancs d’Addis-Abéba. Avant les armées de nuages qui grondent sur la montagne d’Entoto, dans le lointain, avant de crever sur la ville. Avant l’été.

En ce temps-là, la radio nationale diffusait en boucle les chansons de Tilahun Gessesse, mort la veille d’avoir trop pleuré et fait pleurer les Ethiopiens. Le ciel de la capitale était blanc comme un châle de coton. L’amour battait dans les mains. J’avais le sentiment d’être accueilli chez mon frère. Mes amis célébraient leur deuil en chantant à tue-tête dans la voiture, le sourire aux lèvres et les yeux fermés, avec un plaisir primitif.

Cette fois, non, la nuit est tombée comme une pièce de monnaie dans une fente. Des déluges de grêle s’abattent soudain sur les troupeaux de chèvres cherchant à se protéger des phares des automobiles, sur le bord de la route qui mène à Kaliti. Les essuie-glaces balayent un cauchemar. Le minibus vide sent la fumée et le gasoil. Le petit homme à moustache au volant s’appelle Getachew. Il avait deux heures de retard et je l’ai attendu au milieu des abattoirs. Mes vêtements humides sentent la viande morte. Les mendiants pieds nus, entre les échoppes violemment éclairées, sont emmitouflés dans des couvertures mouillées. Une chanson de Mahmoud Ahmed passe à la radio.

Tout peut changer à tout moment, mais ne change pas.



Beach shops in December
20 août 2010, 9:56
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Pour quelle étrange raison Stevie Wonder a-t-il colorié avec une musique hypnotique, hoquetante comme un sample, répétitive comme une obsession, ce texte qui frôle en permanence la grâce de la vérité et la pose du ridicule ? Elle n’entend pas, mon gars, ça ne sert à rien de continuer à s’échiner… Elle est fermée comme une boutique de plage en décembre.

C’était en 1966, à la fin de son premier album adulte, « Down To Earth », le dernier titre au bout du disque, comme un adieu, trois fois rien… Et pourtant ce « Hey Love »-là, de sa démarche claudicante et irrésistible, s’est hissé au sommet des palmarès des radios de Detroit.

Et puis il a été injustement oublié, comme les belles amours sont injustement effacées dans les souvenirs au profit d’infectes blessures.



Haunted house

Le soleil de l’été moleste les pierres blanches. Le vent de la mer conteste la journée. L’amant jadis habité par une femme a des yeux de maison hantée.

Dans le poste de radio de la voiture, les Temptations, en smokings et lunettes, disent la même chose. Au sommet des lacets de la route, le cœur s’arrête de battre un instant, puis repart. Le muret aux aloès tourne. Il n’y a personne, jusqu’à la grande ville, dans le golfe.

Ils l’ont déjà perdue, tous ensemble, et leurs sourires sont dévastateurs.



Caligula’s joy

Les étés peuvent être de terribles révélateurs, comme les lumières de salle de bain, comme les bains chimiques qui révélaient naguère des photos floues, ratées, stupidement trompeuses, fades comme des endives, banales comme des canapés. Après avoir invité une méchante guitare, The Isley Brothers, en voulant redonner aux brises d’été leur souffle de fleurs, la douceur des draps des amoureux, la liberté inspirée par les ciels verts des soirs de Méditerranée, leur rend du même coup leur folie confuse, leur crispation muette, leur exaltation angoissée comme les joies de Caligula.

Coup de maître sur lequel certains dansent malgré tout, comme dans les flammes d’un enfer rose.