Inner City Blog


No confidence

Et pourquoi faudrait-il être intrusif et méchant ? Et pour quelle étrange raison, germée dans quel esprit tourmenté, faudrait-il nécessairement peiner avec des scrupules pour survivre ? Aucune fatalité, aucune loi naturelle, ne nous oblige à être une conscience embrûmée, résignée à la vantardise et à la honte. Seul l’abandon. No condition is permanent, disait les ghanéens funky de Marijata en 1976.

Il y a depuis bien longtemps plusieurs choses dont je me méfie, puisqu’elles sont les ambassadrices de cette mentalité : le téléphone portable, les plateaux de télévision, les causes d’Internet, le cinéma d’aujourd’hui, le prime-time, l’angoisse du dimanche soir. C’est en cela que je suis moderne. Comme beaucoup, c’est ce qui fait de moi un enfant du XXIe siècle.



Distant brothers

Ils sont cousins. Ils fréquentent le même jardin où nous nous sommes aventurés pour souffler un peu. Ils se tiennent à peu de distance l’un de l’autre. La promenade avec eux est libre et mélancolique, portée par l’impulsion d’une basse méthodique. Dans les embellies de leurs cuivres, nos visages se réchauffent quelques instants au soleil. Dans l’ombre de leur groove, on se prend à rêver d’avoir le temps d’être enfin paresseux.

Ici, sur notre seuil, dans nos salles, voici la « route poussiéreuse » du môme Gérald Bonnegrace, alias G’s Way (avec JC Moine). Ce nouvel artisan français d’un funk appliqué, acidulé comme le méchant petit Fender Rhodes qui surgit à 3″30, trempe un délicieux biscuit à la cannelle dans le moka de l’afrobeat. Là-bas, dans notre passé, voici la « danse » aguicheuse de Loran, animée comme une marionnette pour adultes par le plus brooklynien des barbus, Leo Morris, alias Idris Muhammad.

En sortant du jardin, il faut s’asseoir dans un café et leur sourire, tour à tour, avant de retourner à nos vies pluvieuses.

Cliquez sur la photo pour accéder au Bandcamp de G’s Way et écouter librement le splendide « Dirt Road » dont il est question ici, mais aussi l’intégralité d’un album impeccablement autoproduit : Seventy Seven.

Photo : Aurélie Chevallier



Trip room

Une longue absence, donc un disque à la main… Sortie d’on ne sait où, vers Washington DC avec un père saxophoniste en uniforme, voici Meshell Ndegeocello. Cette dame a donné naissance, sur un dernier album polymorphe, à un oeuf-bijou enchanté et maléfique, une bulle obscure et chic dans laquelle se plaint une femme opprimée, un longue plaidoirie d’avocate des night-clubs et des droits du peuple : Rapid Fire.

En ouvrant la porte de la chambre d’où provient la musique, on respire pour notre envoûtement l’air de la Cold Wave et de ses prophètes noirs, mêlé au chant rituel d’Iggy Pop, dans la fumée de Gil Scott Heron.



Kinky new year
31 décembre 2011, 4:05
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Après une année épouvantable, voici enfin la conclusion, la fin, le temps de l’autre temps.

On souhaitera volontiers aux volontaires réunis ici d’envoyer enfin paître les bigots de tous acabits, de renoncer aux crèmes trop musquées de la bourgeoisie, de cesser de vénérer les trésoriers et les directeurs du personnel, d’aimer des femmes parfumées de sourires et armées de fusils à canon scié — que celles-ci leur offrent de longues journées un peu pornographiques en riant, qu’elles appuient sur une gâchette vide et qu’elles cassent les verres de champagne qu’elles auront vidés pour eux, avant de monter dans la chambre.

Soyez bénis si alors vous aimez ça. Voici la prière que feront en votre honneur les anges délurés du Funkadelic, après avoir promis de « lècher vos émotions funky » quand vous aurez « sucé leur âme ».



The Prince of California
29 novembre 2011, 7:19
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Réveillez-vous, le jazz funk n’est pas mort et vous non plus. Le temps de mettre un peu de charbon bien noir dans sa locomotive groovy, le nouveau venu Gregory Porter, puissant prince renégat de Californie, nous le rappelle. Le véhicule royal de « 1960 What ? » avance sur ses turbines dorées sans se soucier de nos excuses. De nos paresses. De nos résignations. Un peu de pureté souveraine dans ce monde de chats ingrats, enfin.



Hear them up
27 novembre 2011, 6:53
Filed under: Funk | Mots-clefs: , , , , , , ,

Du tumulte, oui. Quatre minutes d’antenne dans une émission pour petits Blancs, on n’a guère besoin de plus pour en faire. George Clinton et sa bande du Funkadelic, en pleine démonstration de boucan spirituel, ne le font dire à personne, dans cet « I Got A Thing (You Got A Thing, We Got A Thing, Everybody’s Got A Thing) », opuscule révolutionnaire, wahwah, costumes, guitares électriques, afros et tout le tralala.



The wizard

Hermeto Pascoal est dingo, albinos, brésilien, multi-instrumentiste et sentimental. Un satyre farceur débarqué à Recife en 1950 du bled d’Arapiraca, caillasse perdue dans la savane de l’Etat d’Alagoas, avec dans le dos une guitare et un accordéon sur lesquels il tricotait comme un virtuose.

Dès lors, lorsque o bruxo, le sorcier jaune, Hermeto-le-mage a déboulé dans les parages, Miles Davis a par exemple été contraint de saluer « le musicien le plus impressionnant du monde ». Et tout le reste est à l’avenant.

Les divagations de son père édenté, les soupirs flapis d’un cheval ou les bulles d’une flûte sous l’eau ont aussi bien servi de fondation à ses chansons. Pardon : à ses incantations enchantées autour desquelles volettent de minuscules femmes nues ailées.