Inner City Blog


Useless and precious

Syl Johnson est la preuve vivante, maléfique, que la banalité et l’irruption du génie sont des sœurs qui se détestent, mais sont liées par un pacte de sang. En 1969, il enregistra ce très légitime sermon de victime jalouse, cette complainte de juge-pénitent, cette revendication de « bad boy with a big heart », avant de disparaître peu à peu derrière l’ombre érotique d’Al Green, l’ionisation multicolore de James Brown et le spectre velouté d’Otis Redding. Presque totalement effacé, inutile comme une chaise cassée, l’homme a lancé au début des années 80 une chaîne de fast-food de poisson, après nous avoir laissé de vieux disques à réécouter quand il pleut.



Suffering and smiling

Ce qui nous pousse à choisir notre vie est souvent un secret. Briser l’ordinaire, voir d’autres terres, se laisser glisser dans les draps frais du quotidien ou préférer la méchanceté est un choix obscur, que nous faisons dans le silence de nos délibérations intimes. L’hostilité du monde, c’est autre chose. Elle est parfois savoureuse et fugace, comme le morceau de brioche chipée, pour son plus grand bonheur, au goûter d’un enfant.

Les Californiens improbables de War (rappelez-vous) chantaient en 1973 leur gospel funk le plus célèbre, « The World Is A Ghetto », pour ceux qui ne savent pas encore sourire aux épreuves et pour ceux qui ne le savent que trop bien.



Courtly love
13 avril 2010, 4:26
Filed under: Soul, Télévision | Étiquettes: , , , , , , , ,

La télévision et les performances en public permettent de mettre le nez dans la petite cuisine de la musique, de s’enrouler autour de sons mille fois entendus mais jamais ressentis, de mettre une bouche sur des mots, de se laisser hypnotiser par la sécheresse ensoleillée d’un batteur, l’habileté de chat d’un bassiste, comme dans ce jouissif « Freddy’s Dead » où Curtis Mayfield et sa bande déroulent l’étendard de la soul en majesté.

Faisons confiance à Curtis et ses troubadours pour chanter la geste chevaleresque de feu Fred, traduction d’une amitié courtoise digne de Montaigne et La Boétie à l’époque de la pédale wah-wah, appelant du même coup à la fraternité universelle, en rappelant la déchéance d’un junkie laissant derrière lui une famille en deuil et une bande de salopards cupides…



New Orleans or bust
11 avril 2010, 10:31
Filed under: Funk | Étiquettes: , , , , , , , , , ,

Le soleil froid d’un dimanche… Mettre un pull, ouvrir les fenêtres et mettre un disque… Pourquoi si peu de funk en Louisiane ? Faux. Il y a eu les Gaturs et l’album « Wasted » que l’on trouve encore, écorné et ravi, dans les boîtes en carton des disquaires.

Enregistré en 1970 avec Wilson « Willie Tee » Turbinton, le pape de la soul de New Orleans qui, après Katrina, entreprit de redevenir professeur de musique dans sa ville ravagée par l’incurie et les flots, ce « Boogerman »-là (que l’auteur de cette vidéo a stupidement rebaptisé « Funkin’ The Ghetto ») devrait logiquement envahir, plusieurs fois dans la journée, les cours de vos immeubles aux odeurs de cuisine. Devoir dominical.



Do what you do best
16 mars 2010, 6:11
Filed under: Jazz, Soul | Étiquettes: , , , , , , , , ,

Il y a plus d’un « child of the ghetto » autour de nous. Mais notre vie avance avec nos propres lourdeurs. Agir pauvrement. C’est la vertu des grands coeurs. Ceux qui accusent les innocents en réalité se détestent eux-mêmes. Les nouveaux « juges-pénitents » d’Albert Camus ont souvent trouvé en Afrique de quoi satisfaire leur onanisme masochiste. En attendant, tous coupables et la misère reste la misère.

Que faire ? Ceux qui savent faire de la musique chantent. Comme ici la délicieuse Susaye Greene et le saxophoniste Courtney Pine, dans l’un de ses titres les plus célèbres. Que l’on vienne me dire que ça ne sert à rien.



Black square
6 mars 2010, 7:20
Filed under: Funk | Étiquettes: , , , , , , , , ,

Dans l’élévation progressive, dramatique, baroque, de ce diamant noir, il y a l’odeur de caoutchouc des pneus de Cadillac, l’âpre volatilité du haschich et le chant grave de la cerise dans un verre de Jack Daniel’s.

Encore un autre inconnu a mis en ligne, sur fond noir, ce cool trip du groupe de Cincinnati 24 Carat Black, qui aurait mérité pourtant un Pierre Soulages.