Inner City Blog


Brotherly advice
11 février 2014, 5:41
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Earl King

Il pleut depuis bien trop longtemps des miettes de glace, mais il y a Earl King. La vie des hommes est suspendue au hasard et à la bienveillance, autant dire un souffle, une brise, et pourtant nous la vivons les mains dans les poches, triturant un ticket de métro, les yeux tournés vers notre désir, pendant que miaulent nos diables du blues, les aveugles, les boîteux, les réprouvés, les pensionnaires du fond de l’autobus, les Earl King, les Jimi Hendrix.

Et tout ça pour quoi ? Pour nous convaincre de laisser les bons temps rouler. Parole tenue. Si tu mens, tu vas en enfer.

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Lost sister

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.

Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.

Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à touscette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.



Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



The mighty sorcerer

Le garçon a quitté l’école qu’il fréquentait tant bien que mal à dix ans, en 1920. Son enseignement, il l’a reçu dans les rues de Dallas, dans les pas du Dallas String Band où se parents s’ébrouaient. A l’âge de quinze ans, il portait déjà une guitare plus grande que lui comme on porte un agneau à tondre. L’aveugle magnifique Blind Lemon Jefferson, à la table du dîner, l’écoutait avec ses yeux blancs. Métis d’Africains et de Cherokee, il avait déjà ce museau de renard qui s’est multiplié jusqu’à sa mort banale, en 1975 à Los Angeles, sur les pochettes de tous ses disques. Aaron Thibeaux Walker… Comment voulez-vous que dans ces parages on ne l’appelât pas « T-Bone », l’enfant du blues ?

De son propre aveu, c’est la guitare électrique de « T-Bone » Walker sur ce « Call It Stormy Monday » qui a poussé B.B. King à s’acheter la sienne et à ne plus la quitter. Chuck Berry, adolescent, cherchait dans ses tablatures les constellations de son érotisme. En 1970, Jimi Hendrix écoutait encore ses sortilèges, dans sa maison de Mayfair, avant de s’endormir éternellement dans les pulsations cérébrales du Vesparax.



Crossroads to freedom
25 septembre 2010, 7:03
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Décider, faire un choix, prendre une direction et le dire, c’est le privilège des humains et aussi passer le cap du meurtre comme de la délivrance, éprouver la liberté enfin, se libérer ou se dissoudre. Et les philosophes ont parfois erré dans les studios de Chess Records : la preuve.

La très new-yorkaise Marlena Shaw et la diabolique guitare à sourdine qui l’accompagne ici, en 1969, dans l’indispensable album « Spice of Life », font mine de se poser la question : où aller ? Elles répondent, à la fin, bibliquement,  : « No more wandering for me, for at last I am free. » Plus d’errance pour moi, je suis enfin libre. Répondons liturgiquement : que les anges du ciel les protègent de leurs ailes de plumes !



Cold monsters
8 septembre 2010, 11:27
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Les gangsters de l’amour dévalisent les concours de beauté. Les gangsters de l’amour ne disent rien, sinon ce qui est inutile ou irrésistible. Les gangsters de l’amour ont un goût sucré sur les lèvres. Les gangsters de l’amour feignent la maladresse. Les gangsters de l’amour savent tout faire, sont impudiques sous des airs d’innocence, ont un sens de l’humour assassin, répétition générale pour des étreintes électrisantes.

Johnny « Guitar » Watson ne dit rien de plus ici, magistralement, en scène, sous un grand chapeau noir piqué de diamants et du bout de ses doigts de sorcier.

Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que les gangsters de l’amour ravagent les cervelles et les cœurs, profitent des faiblesses, salissent la beauté et mutilent la grandeur. Les gangsters de l’amour sont des monstres glacés admirés par les tueurs.



LSD & the sea

Il est étrange tout de même, et même ridicule, que je ne sois d’accord avec personne, ou presque, lorsqu’il s’agit de la mer et de Jimi Hendrix, identiquement. Le goût des autres me vexe, les critiques me hérissent et j’ai la présomptueuse sensation d’avoir une relation particulière avec elle et lui. Alors que j’ai tort, elle et lui ne m’appartiennent pas. Je dirais donc « nous » dorénavant.

Alors pourquoi avons-nous un dialogue secret et silencieux avec ses balades de chambres de bonne, ses blues de posters d’adolescent, ses complaintes de jeune homme tourmenté ? Pourquoi « Little Wing », interprétée ici en public au Albert Hall de Londres un an avant sa mort, fouille-t-elle dans de vieux souvenirs comme dans de vieux coffres à jouets, nous fait-elle redire en silence ce qu’Hamlet dit à Horatio :

« Que l’on me montre un homme qui ne soit pas esclave des passions et je le garderais au plus profond de mon cœur, dans ce cœur du cœur où je te garde, toi » ?

Parce qu’il était aussi le prince des gauchers, le troubadour de l’amour courtois sous LSD ? Et la mer son double, son incarnation, sa grande sœur ?