Inner City Blog


Badass fairy godmother
1 juillet 2011, 12:47
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Chocolat, brûlé, bois. Roussi, châtaigne, brun. Le café s’écoule d’un trait raide et sombre dans le verre. Le bruit sec du chocolat se brise sur les dents. Une poutre de chêne noir traverse un mur blanc. Le bras posé de Pam Grier chauffe, sur la plage, l’été.

Roy Ayers revient souvent ici. En locomotive, en machine volante, sous forme de fumée. Cette fois, c’est sous la forme d’une affirmation, brute, simple, groovy comme le film qui lui a donné naissance, où la panthère noire de Harlem soldait ses comptes, jadis, comme naguère, vieille école, avec une pétoire et des jambes rêvées.



Radio is the future
27 juin 2011, 5:36
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Faut croire qu’ils sont comme ça, les types à la radio. Ils mettent un disque et ils attendent. Le bras levé sur la galette noire et les milles comètes des sillons, puis ils posent le diamant et ils se taisent, allument une cigarette et ne sentent rien. Rien ou presque. Presque rien.

Celui-là vient de mettre « Harlem Country Girl » de l’insolent trompettiste et guitariste oublié Olu Dara, baptisé ainsi plutôt que Charles Jones III par un prêtre yoruba après une virée au Nigeria, un baladin fumeur de clopes, un ahaneur de micro, vaguement écoeuré, buveur de café, père du rappeur Nas, sans savoir que, quelques kilomètres plus loin, je cherchais. La radio, c’est l’avenir.



Dr Funk’s special medecine
19 avril 2010, 8:57
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Il est souvent bon de revenir sur les lieux du crime, de remettre de vieilles vestes, d’enfiler une nouvelle fois, après des années, de vieilles chemises. Dans l’espace qui nous sépare du génie dans la vie ordinaire, la musique sert souvent à cela : redire, refaire, reprendre, récapituler, recommencer et dire haut et fort « oui, non, je ne me suis pas trompé »…

Herbie Hancock avait raison de prendre du temps pour déplier en entier ses grandes fresques à motifs, ces hallucinantes peintures ni diurnes ni nocturnes qu’il brossait à grands coups de claviers avec les Headhunters. La deuxième partie de « Chameleon » livrée ici à San Francisco en 1975 est une claque sur la nuque pour ceux qui auraient oublié qui est le maître, qui a inventé le remède miracle de l’incroyable docteur Funk, sa basse-continue et ses synthétiseurs magiques.



Who’s your teacher ?

Malgré ces cloches de tissus sur les chevilles et ce ravissant petit polo en éponge sur les épaules, continuons de regarder James Brown faire sa démonstration comme s’il était un jongleur, un trapéziste, un dompteur de lions ou un avaleur de sabres.

Danser ou regarder danser, quel est le plus grand plaisir ? L’humanité est peut-être, là, divisée en deux clans.



Mister Do-It-All
9 mars 2010, 6:34
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Shuggie Otis est un homme-orchestre, un surdoué de la soul, un enfant prodige du ghetto, un solitaire revêche et génial, un virtuose insupportable qui, avec sa musique, enflamme les cœurs et la colère.

Fils du bluesman et directeur de big-band Johnny Otis, l’affreux garnement est allé secouer sa première salle de concert affublé d’une perruque et de fausses moustaches, histoire de faire oublier ses quatorze ans. Adulte, il n’a jamais pu travailler avec d’autres bien longtemps, sauf peut-être Frank Zappa pour lequel il a tenu la basse électrique dans le jovial « Peaches In Regalia » de l’indispensable album « Hot Rats ».

Puis il a décidé de tout faire lui-même, de la composition au triangle, tous les instruments enregistrés l’un après l’autre avant d’être mixés par les mêmes mains qui avaient fait s’envoler les titres ludiques et psychédéliques enchaînés le long de sa poignée d’albums. Puis il s’est arrêté.

Pourtant, il parlait pour ceux qui apparaissent dans cette belle vidéo. Il était aussi nonchalant, avec autant d’inquiétude pourtant, la même « rêverie glacée », autant d’envie qu’on lui foute, une fois pour toutes, la paix.



Black Athena
8 mars 2010, 9:16
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Son prénom d’artiste, Eunice Kathleen Waymon l’a choisi pour un homme et son nom de famille pour une femme. Un amant latinoaméricain la surnommait « niña » et, au-delà de toutes, elle admirait Simone Signoret. Intransigeante grande sœur des femmes noires de la deuxième moitié du XXe siècle, elle ne céda jamais sur cette triple filiation que ces choix inspiraient : l’amour, la lutte et la beauté. Le triste roman américain de son enfance a fait d’elle ce monument de la chanson, cette vamp révolutionnaire, l’Athéna noire d’une Amérique qui s’est libérée par la musique, la lutte intellectuelle et  la rébellion intérieure.

Ain’t Got No… I Got Life est pourtant une chanson de Blanc, tirée de la comédie musicale Hair. Mais l’interprétation en public livrée ici, à Harlem en 1969, est toute entière empreinte de gravité et de soul, alliance noire et lucide parfaite que Nina Simone seule est parvenue à maintenir une vie durant, dans un monde qui de plus en plus chérit la jovialité inconséquente des idiots.



Urban child

Pour faire de la bonne télévision, il faut parfois se dépouiller. Celui qui a composé ce clip fait de plans ordinaires de New York et d’un terrible funk chaloupé d’Herbie Hancock est comme ces femmes qui ramassent ce qu’elles trouvent sur la plage, bois flotté, os de seiches, branches raidies par le sel, bouchons de soda, et montent en quelques heures des princesses enchanteresses, des Dons Quichotte, des figures graves et bouffonnes.