Inner City Blog


The art of leaving
9 mai 2011, 5:14
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Pour cet « EPO » énigmatique, le trio washingtonien en t-shirts extra-larges d’Opus Akoben a bien fait de s’appuyer, comme sur une vénérable rambarde de bois verni dans l’escalier d’un palais florentin, sur la courbe, la vague, l’onde, le balancement des « Favorite Things » de John Coltrane. Aux extrapolateurs comme nous, ils prouvent qu’à vouloir partir, on s’en va toujours les poches pleines.

C’est vrai. Le pire, au fond, c’est qu’il existe trente-six manières de s’en aller. Et que rester est aussi l’une d’entre elles.



Out of Somalia

Mogadiscio, Somalie. La plage du Lido était jadis une perle blanche posée sur les eaux émeraudes de l’océan Indien. C’est aujourd’hui la plage désolée d’une capitale en ruines. Depuis la chute de la dictature de Siad Barré, en 1991, la ville est devenue un vivier de Kalachnikovs, où un peuple troglodyte survit dans un océan de douilles et de fûts d’obus de mortier. La nation somalienne respire pourtant tant bien que mal, entre les seigneurs de la guerre, les jihadistes et les enfants perdus, sous l’enchevêtrement hallucinant des fils électriques qui strient le ciel de la capitale d’un Etat effondré.

La preuve. Le mince et malicieux K’Naan est né là-bas, avant de fuir dans les valises de sa famille vers le Canada. Son premier tube, tourné il y a quelques années dans quelques recoins de Mogadiscio et dans la banlieue somalie de Mombasa, au Kenya, s’adressait aux hommes en armes qui sillonnent encore sa ville ravagée, juchés sur leurs technicals, des 4×4 où sont montés des pièces d’artillerie antichars. « Soobax« , quittez, arrêtez tout, leur disait-il, le peuple est fatigué de votre sauvagerie, énonçant les quartiers de la ville qui n’existe plus que sur les cartes (Jazira, Sugunto Liida, Wardhiigleey et Madiina) et les autres cités mythiques de la « Côte des Aromates », Hargeisa, Bossasso, Baardheere et Berbera…

Ce n’est certainement pas hors sujet de redire ici que K’Naan y tient sa place.



Cold times

Tous les héros ont été tués ou trahis, ainsi va la politique pour beaucoup, surtout pour la plupart de ceux qui n’acceptent pas que la politique se pratique en rafales, par épisodes, moment après moment, victoire et défaite, la vie et la mort n’étant que des moments de l’ascension ou de la chute, l’abandon était souvent le seul point final qui offre la victoire à l’adversaire et le recul un geste tactique autant que l’avancée.

Ainsi Gil Scott-Héron, dans sa plus belle chanson avec Brian Jackson à mon avis, avoue-t-il ici, pour nous aussi en 2010, que « personne ne se bat parce que personne ne sait quoi dire ».



Who’s back ?

La volupté un peu geek, un peu solitaire, d’écouter en boucle le titre oublié d’un vieux disque… Ce « Boogie Back« -là plane quelque part dans l’album Change Up The Groove, qui mérite une nuit entière d’addiction.

Est-ce la même volupté, inutile, suspendue dans le vide, purement orgueilleuse, de se rendre compte que l’affreuse bande de NWA a utilisé la petite guitare pincée, à peine tordue par une pédale, secouant son popotin derrière le vibraphone de Roy Ayers, dans le néandertalien « Fuck Tha Police » ?