Inner City Blog


Extragroove FM
1 mai 2011, 5:52
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L’autre soir, à l’heure bleue, nous étions accoudés à une table de bois verni, avec du tabac et du vin, quand la radio se mit à jouer « Tobacco Road » psalmodié avec son harmonica par Eric Burdon, l’ancien pois sauteur des Animals, pour une fois installé devant ces Californiens déjantés de War, tout afros et foulards dehors, déroulant une mixture de goudron et de barbapapa, parfaite synthèse du blues de Blanc et de la funk la plus noire, piquant au passage dans les poches de Jim Morrison et de Fela, faisant tourner au kérozène une machine construite par un génie sosie de James Brown, un sermon dont l’agonie et l’extinction finale forment un psaume cruel et rose.



Break free

Abandonnez ces ambitions, oubliez vos patrons, effacez vos souvenirs, riez fort, méprisez vos appartements, ne répondez pas aux certitudes, buvez trop, bousculez vos mères, souriez à cet homme, fermez les yeux, mesdemoiselles, et vous pourrez être aimées comme le ferait ce gros chat de B.B. King, une nuit de 1974 à Kinshasa.



Useless and precious

Syl Johnson est la preuve vivante, maléfique, que la banalité et l’irruption du génie sont des sœurs qui se détestent, mais sont liées par un pacte de sang. En 1969, il enregistra ce très légitime sermon de victime jalouse, cette complainte de juge-pénitent, cette revendication de « bad boy with a big heart », avant de disparaître peu à peu derrière l’ombre érotique d’Al Green, l’ionisation multicolore de James Brown et le spectre velouté d’Otis Redding. Presque totalement effacé, inutile comme une chaise cassée, l’homme a lancé au début des années 80 une chaîne de fast-food de poisson, après nous avoir laissé de vieux disques à réécouter quand il pleut.



A serious widow

Rien de particulier à dire sur cette femme, sinon que son nom de scène, Vicki Anderson, est aussi anodin que son nom de naissance, Myra Barnes, qu’elle est la veuve de Bobby Byrd et que James Brown la considérait comme la meilleure chanteuse de soul qui ait jamais foulé notre vallée de larmes.

L’hymne féministe livré ici est son accomplissement. La voici un peu éloignée du micro, haussant le ton avec défiance, avec cette démarche chaloupée qu’ont ceux qui connaissent leur valeur, drapée dans sa féminité, Myra « Vicki » Barnes « Anderson », ou quel que soit son nom…



Protofunk park

Mais que faisait James Brown avant de devenir M. James Brown ? Après avoir été leur batteur, il virevoltait, râlait, dansait, hurlait, tapait dans ses mains et tordait des micros devant The Flames, un petit groupe de la préhistoire du funk fondé par Bobby Byrd et sa voix de Lucky Strike.

Les Flames sont devenus peu à peu The Famous Flames, puis James Brown & His Famous Flames, puis plus rien. Bobby Byrd est devenu le loup solitaire que l’on connaît et James Brown la pile nucléaire que l’on sait.

Avant cela, au tout début, il y avait la cause, où il s’agissait avant tout de compter ses partisans et de les enjoindre de conquérir leur liberté.



A fool in a rocketship trying to be Superman
12 avril 2010, 4:46
Filed under: Soul | Étiquettes: , , , , , , , ,

Et pourquoi ne pas laisser entrer ici, comme par effraction, l’inquiétant William Pulliam, dit « Darondo », et son cortège de fantômes ? Trois 45 tours autour de 1971, quatre concerts, et pourtant le bon docteur Mabuse est une légende de la soul, un JD Salinger avec un visage noir et des yeux de manouche.

Après son dernier concert — une première partie de James Brown dans sa ville natale de San Francisco, tout de même —, il est rentré chez lui au volant de sa Rolls-Royce pour ne plus reparaître que des années plus tard, comme animateur d’une improbable émission de télévision sur le câble, où il prenait essentiellement l’apéro entouré de poulettes, puis musicothérapeute qui, fort de ses bourlingues autour du monde, et notamment aux îles Fidji où il a rencontré madame Darondo, a fait oublier son passé de maquereau de luxe de la Bay Area.



Wednesday afternoon colors
7 avril 2010, 3:33
Filed under: Funk, Soul, Télévision | Étiquettes: , , , , , , ,

Les idées simples peuvent prendre des proportions gigantesques, comme Soul Train, l’émission fondée et animée pendant plus de vingt ans par Don Cornelius et ses costumes épouvantables.

Le petit animateur de radio-crochets itinérants de Chicago avait senti le vent. Commencé le mercredi après-midi, avec le parrainage financier d’une chaîne de supermarché, sur une petite chaîne locale, la « chose » est devenue la plateforme de la musique noire américaine tout au long des années 70, notamment grâce à la « Line Dance » où les quidams de Los Angeles venaient parader devant une caméra dans leurs costumes les plus chics.

Avoir, en rentrant de l’école, allumé sa télévision sur ce type de performance articulé autour de Fred Wesley & The JB’s, une sorte de Rue Sésame funky… Et ne rien regretter, ni les devoirs en retard ni les affreux pantalons de l’époque…