Inner City Blog


The art of leaving
9 mai 2011, 5:14
Filed under: Jazz | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Pour cet « EPO » énigmatique, le trio washingtonien en t-shirts extra-larges d’Opus Akoben a bien fait de s’appuyer, comme sur une vénérable rambarde de bois verni dans l’escalier d’un palais florentin, sur la courbe, la vague, l’onde, le balancement des « Favorite Things » de John Coltrane. Aux extrapolateurs comme nous, ils prouvent qu’à vouloir partir, on s’en va toujours les poches pleines.

C’est vrai. Le pire, au fond, c’est qu’il existe trente-six manières de s’en aller. Et que rester est aussi l’une d’entre elles.



Freedom & culture

Depuis deux semaines, ils tournent, ces deux mots-là, avec raison mais derrière un masque d’Indien, un harnachement de plumes et de brouillard : la liberté et la culture. Et que disent-ils ? Rien encore. Mais ils surgissent dans la conversation. Ils s’imposent. Ils se rappellent. Ils s’incrustent, j’ignore pourquoi.

Et puis soudain ils se révèlent dans cet évident témoignage d’amour du big man Cannonball Aderley et ses frangins pour le « brother John » Coltrane, embarqués — hommes, instruments et affection — dans un inquiétant train de nuit dessiné par Yusuf Lateef, souffle d’or.



Resist if you can

Que fait-on, en 1973, lorsqu’on se nomme Donaldson Toussaint L’Ouverture Byrd II (abrégé en Donald Byrd, tout de même), que l’on est issu d’une famille ordinairement opprimée de Detroit, que l’on a su prendre, à l’âge du lycée, la suite de Clifford Brown au sein des Jazz Messengers, que l’on a bientôt joué avec Herbie Hancock, John Coltrane, Thelonious Monk et Sonny Rollins, et que, soudain, on a décidé de partir seul, avec sa trompette, faire autre chose que ce que l’on a déjà fait ?

A peu près ceci, mélange de tout, agglomération de sons et de rythmes dorés et noirs, un autre jazz, un autre genre… Résistez, si vous le pouvez.



Well, trip on that, cat !

Il y a quelque chose d’un peu rustre et d’un peu chinois, dans le pas sauvage, trébuchant, de John Coltrane et son quintette interprétant ici, en 1961, ces « Favorite Things » qui ont marqué l’histoire du jazz. Non, l’homme n’a jamais cherché ni la gloire ni même l’approbation mais, disait-il, « la fraternité ». Il marche avec application en terrain dangereux, comme un chat de gouttière, devant ses frères Eric Dolphy, McCoy Tyner, Reggie Workman et Elvin Jones qui le suivent avec confiance.

« Le jazz — appelons-le ainsi — est selon moi une expression des idéaux les plus élevés. Par conséquent, il contient de la fraternité. »

Jugeons par nous-mêmes, le long de cette gouttière sous la lune, sans rien dire durant quelques minutes, incrédules que nous sommes.