Inner City Blog


The coincidence

Le holster de Frank Bullit est harnaché sur son col roulé bleu. Une veste en laine et un imperméable mastic le protègent du vent froid de San Francisco. Sa Ford Mustang est vert sombre comme l’eau glauque du Fisherman’s Wharf. La guitare jazz de la bande originale rythme le pas des Clark’s du lieutenant taciturne incarné par Steve McQueen…

Mais, et si Lalo Schifrin n’avait pas écrit son « Shifting Gears » sur les images de la célèbre poursuite entre la bête de 1969 et la Dodge noire des bad guys ? Et si, contrairement au maître argentino-californien, pianiste prodigue de Dizzy Gillespie, le réalisateur britannique Peter Yates avait plutôt confié la musique de son film aux laborantins funky du Mahavishnu Orchestra ?

Voyons ça.



Machine in the sky

Qui sait encore, comme le surent Lalo Schifrin ou Bernard Hermann, écrire de grandes et légendaires compositions pour illustrer des courses-poursuites, des déguerpissages, des fuites à toutes jambes ou à brûler les pneus de sa Mustang, des fugues urbaines tournés avec quelques caméras seulement ?

Le groupe californien War, essentiellement connu pour le bizarroïde « Low Rider » et l’insupportable « Why Can’t We Be Friends », s’y est essayé dans le film Young Blood, évidemment l’histoire d’un enfant du ghetto qui, etc… Le résultat : « Flying Machine (The Chase) », un engrenage funky au cliquetis latin, dominé par une souveraine flûte d’ashram de hachichins, un grand ptérodactyle mécanique et multicolore planant au-dessus de nos villes grises et mouillées.



Groovin’ with balloon boy

Les grosses joues de Dizzy Gillespie trottinent le long de ce bijou du jazz le plus funky de Los Angeles, un vrai costume de velours coloré avec souliers vernis, basse électrique, batterie chaloupante et guitare façon Wes Montgomery.

En ce lendemain d’élections, pourquoi ne pas rendre hommage à l’homme grenouille, génie à la trompette recourbée qui découvrit Lalo Schifrin dans un club de Buenos Aires, répandit l’évangile de son big-band aux confins de la Yougoslavie, se présenta à l’élection présidentielle de 1964 et promit, s’il était élu, de rebaptiser la Maison blanche « Blues House », de nommer Ray Charles président de la bibliothèque du Congrès, Miles Davis directeur de la CIA et Malcom X ministre de la Justice, avant de se retirer en faveur de cette crapule de Lyndon Johnson, le vice-président de JFK…



The Temptation

Donc, oui, évidemment, les hommes sont ridicules à aimer les voitures, les logos et les carrosseries, à savourer le ronronnement d’un moteur ou l’élégance d’un intérieur de cockpit, à rêver de prendre de longues routes de soleil à peine courbées comme des vies faciles, fenêtres ouvertes sur de tièdes crépuscules marins au volant de leur machine, mais Dieu que la Ford Mustang de 1969 est belle.

Au-delà de l’idiotie béate de cette publicité d’époque, la Tentation a pris cette année-là l’aspect d’une voiture qui vrombit comme un léopard.