Inner City Blog


Evident evidences
12 décembre 2010, 3:58
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Dans le grand stade de Los Angeles, sous un ciel tiède, la famille Staples assène des évidences. Les cheveux blancs du père, « Pop » Roebuck Staples, dominent le tout. La voix grillée de l’une de ses filles souligne avec majesté. L’évidence, c’est la lumière et la parole fiancées, comme ici.



Cold monsters
8 septembre 2010, 11:27
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Les gangsters de l’amour dévalisent les concours de beauté. Les gangsters de l’amour ne disent rien, sinon ce qui est inutile ou irrésistible. Les gangsters de l’amour ont un goût sucré sur les lèvres. Les gangsters de l’amour feignent la maladresse. Les gangsters de l’amour savent tout faire, sont impudiques sous des airs d’innocence, ont un sens de l’humour assassin, répétition générale pour des étreintes électrisantes.

Johnny « Guitar » Watson ne dit rien de plus ici, magistralement, en scène, sous un grand chapeau noir piqué de diamants et du bout de ses doigts de sorcier.

Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que les gangsters de l’amour ravagent les cervelles et les cœurs, profitent des faiblesses, salissent la beauté et mutilent la grandeur. Les gangsters de l’amour sont des monstres glacés admirés par les tueurs.



Bottle in the sea
4 août 2010, 10:41
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« Il est très certain, mademoiselle, que le plus idiot est souvent le plus juste, le plus naïf est souvent le plus brillant, le plus clair est souvent le plus court. Les chansons servent à cela. Mais la vie est âpre pour ceux qui s’en tiennent aux presque-riens et qui se refusent à faire la nuit en eux. Les yeux brûlent. C’est pourquoi malgré les sourires de circonstance, vous partie, le monde n’est plus le même. »

— Raphaël Hythlodée, « Lettre trouvée dans une bouteille au retour d’un voyage »



Boxing angel
24 mai 2010, 10:07
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Même dans le doute, les performances publiques d’Otis Redding rassurent au moins sur un fait. Les plus scrogneuneus des amateurs de soul pourront toujours y retrouver les montées progressives vers les cieux des églises du bassin du Mississippi, la sauvagerie câline de leurs premières amours et l’incompréhensible swing des clubs de Chicago. Que demander de plus à un disque posé sur une platine ? Ah oui, une gueule d’ange-boxeur et un destin tragique.



A sunday kinda cat
28 mars 2010, 11:59
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Les dimanches pluvieux ont ceci de particulier que la musique leur donne, dans son irradiation, une coloration changeante, comme ces bâtons d’encens qui soudain revêtent les chambres d’une lumière apaisante, hypnotique ou musquée. Du silence, ils basculent dans un autre monde quand un disque s’y installe.

Cette performance live de ce gros matou de B.B. King est de cet ordre-là, dans sa perfection, colorant d’un halo bleu les plus longs après-midi de solitude.

Les dimanches ont un prix, nous apprend ici le professeur Riley B. « Blues Boy » King du Mississipi.



Some heavy dude
20 mars 2010, 5:08
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C’est sans doute l’un des canulars les plus inoffensifs et les plus réussis du jazz. En 1966, en pleine gloire, pour dorer un peu plus le « Mercy, mercy, mercy » de son pianiste Joe Zawinul, Julian Edwin « Cannonball » Adderley a rassemblé quelques bons amis dans le studio Capitol de Los Angeles et fait couler la picole à plein tonneaux.

Le mensonge pouvait commencer. La bande de roublards menée par le heavy dude de Floride a alors, devant une foule conquise,  déroulé une à une les compositions d’un vrai-faux album en public, que Cannonball Adderley a finalement baptisé « Live at ‘The Club’« , faisant passer la soirée entre potes pour un concert de son quintet dans un célèbre club de Chicago, dont le patron était un ami. Un ami désormais reconnaissant.



Angels can’t fly
13 mars 2010, 8:00
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Et pourtant, le corps sans vie de Donny Hathaway a été trouvé sur le trottoir devant le Essex House Hotel de New York, en bordure de Central Park, dans la soirée du 13 janvier 1979. Il avait méthodiquement descellé la fenêtre de sa chambre au 15ème étage et plongé dans le vide, quelques heures après que son producteur Eric Mercury eut décidé d’interrompre sa séance d’enregistrement et renvoyé les musiciens chez eux, inquiet de voir le chanteur de 33 ans sortir une voix impeccable, profonde et frissonnante, plus duveteuse que d’ordinaire, mais se plaindre, dans un calme délire paranoïaque, que « des Blancs » avaient « branché une machine sur son cerveau » pour lui voler sa musique.