Inner City Blog


Afternoon wandering

Avec cet été qui n’arrive pas, mettons nos blousons doublés, fourrons nos mains dans les poches et sortons errer dans les terrains vagues de nos villes. Nous ferons ainsi comme nos pères, s’ils ne se sont pas trop vite convertis à la lumière d’abattoir de la vie bourgeoise. Nous ferons ainsi comme nos grands frères, qui ont été tristes avant nous.

Le gamin londonien Michael Kiwanuka, supporter de Tottenham et de Bill Withers, s’y trouve avec une grande chanson pleine de cuivres nigérians, de flutes de San Francisco et d’appels à l’aide du maître d’hôtel Marion Black. Passer l’après-midi avec lui permet de savoir quoi faire de nos nuits.



Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



LSD & the sea

Il est étrange tout de même, et même ridicule, que je ne sois d’accord avec personne, ou presque, lorsqu’il s’agit de la mer et de Jimi Hendrix, identiquement. Le goût des autres me vexe, les critiques me hérissent et j’ai la présomptueuse sensation d’avoir une relation particulière avec elle et lui. Alors que j’ai tort, elle et lui ne m’appartiennent pas. Je dirais donc « nous » dorénavant.

Alors pourquoi avons-nous un dialogue secret et silencieux avec ses balades de chambres de bonne, ses blues de posters d’adolescent, ses complaintes de jeune homme tourmenté ? Pourquoi « Little Wing », interprétée ici en public au Albert Hall de Londres un an avant sa mort, fouille-t-elle dans de vieux souvenirs comme dans de vieux coffres à jouets, nous fait-elle redire en silence ce qu’Hamlet dit à Horatio :

« Que l’on me montre un homme qui ne soit pas esclave des passions et je le garderais au plus profond de mon cœur, dans ce cœur du cœur où je te garde, toi » ?

Parce qu’il était aussi le prince des gauchers, le troubadour de l’amour courtois sous LSD ? Et la mer son double, son incarnation, sa grande sœur ?



Mista Gingerman
14 avril 2010, 6:38
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L’affreux batteur Ginger Baker mit les bouts un jour vers le Nigeria, quelques fous autochtones sous le bras, pour enflammer à son tour les nuits de Lagos et d’Ibadan. Entraînant dans la queue de sa comète enflammée le jazz et le funk qui pompait alors les nuits de New York et de Londres, le compagnon de route du Parti Claptoniste International a laissé derrière lui Jimi Hendrix, Santana et quelques autres barons du rock psychédélique.

Ce coffre aux trésors n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Une dizaine d’années de fuzz funk, d’afrobeat et de rock nigerian s’en est suivi, pour autant que les galonnés de l’armée en laissait la liberté aux porteurs de pattes d’éléphants du pays, comme par exemple cet obscur Action 13 réclamant plus de pain pour le peuple, en attendant Fela « Qui porte la mort dans sa besace » Kuti.



Bell bottoms and wool jackets
27 mars 2010, 1:16
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Chaque année entre 1970 et 1984, les hit-parades devaient intégrer les zozos britannico-jamaïcains mal fagotés de Hot Chocolate dans leurs dix premières places. « You Sexy Thing » est sans doute leur étendard le plus souvent déployé, avec sa guitare lourdingue de parade dans un stade de football, ses violons à peine disco, ses congas d’hôtel-club et l’étrange « I believe in miracles » d’Errol Brown qui sonne comme une envolée glamrock de David Bowie.

Cette chanson ressemble au jean’s à pattes d’éléphant et aux gilets de laine que l’on mettait alors aux enfants et aux grands chapeaux mous que portaient nos cousines.



Niggaz can pop
15 mars 2010, 6:37
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Sautillant, guilleret, faussement ricaneur et à l’aise dans un univers de plastique rose, Sly Stone prouve que si les Britanniques excentriques savent forcer les portes de la soul, les black dudes du Texas savent enfiler la veste cintrée de la pop.

Malgré la hideur grotesque du fond d’écran de cette vidéo surnage tout de même l’esprit des bottes blanches du héros, protagoniste volontaire d’une balade survolée par les trompettes de Burt Bacharach.



Brits can groove
15 mars 2010, 4:25
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Rendant à César ce qui lui appartient, comme dit l’autre, il faut admettre qu’il y a un sens très lourd du groove dans ce titre d’Elton John sur Benny & The Jets, ce groupe pop imaginaire qu’un jour ou l’autre, enfants, nous avons rêvé de voir dans nos postes de télévision.

Pour cette interprétation sur le plateau de Soul Train de sa vision psychédélique de « Candy & Ronnie », leurs « bottes électriques » et leurs « costumes en mohair », nous ferons allégeance cette fois. En faisant l’économie de ses titres nobiliaires britanniques et ses idôlatries de chanteur de variété, nous reconnaîtrons, n’est-ce pas, que la place de cette chanson est ici.