Inner City Blog


Brooklyn bravado

Que les malheureux qui, depuis des années, pérorent en disant de Marvin Gaye qu’il est un chanteur pour midinettes, philosophe pour classes terminales, sex-symbol d’adolescentes prolétarisées et idoles de garçons-coiffeurs trop délicats, sortent dans la rue, écoutent la bande originale du film « Troubleman » et se taisent.

Nous autres, sans eux, nous jouirons virilement de ce « T Stands For Trouble » enduit d’une couche dorée et noire, faite d’un Moog un peu gras, de cuivres à la majesté romaine et d’une petite formation de vents particulièrement groovy. Nous les repousserons avec dédain, d’un revers de notre petite guitare pincée assassine, nos congas, notre sax et notre basse électrique aussi indifférente qu’un macho de Brooklyn.



Voodoo gospel

L’album « Os Afro-Sambas » de Baden Powell et Vinícius De Moraes, paru à Rio en 1966, se pose comme une colombe ensorcelée dans l’histoire du gospel et de la soul, au partage des eaux de la musique populaire brésilienne et du negro-spiritual.

Avec ses instruments loufoques et ses voix qui hululent de travers, ses abataques et ses afoxés, ses inspirations vaudous puisant du bout des doigts dans une mixture de candomblé et d’umbanda, ses chants en l’honneur d’habiles petits diables protecteurs ou du somptueux dieu des mers, il exhale un parfum de cigare fumée par une femme et de bâton de cannelle mâché par un homme. Des pieds poussiéreux habillés de dentelles.

Tandis qu’ils chantent Iemanja surgissant des flots, les verres de Baden et Vinícius sont posés sur la table à côté de ceux de Marvin Gaye, Nina Simone et Ray Charles.



She knows who she is
10 mars 2010, 10:02
Filed under: Soul | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Trois choristes, l’esprit du gospel, un souffle biblique et une chanson gravée dans l’or fondu de la soul par le prince Marvin Gaye et la tragique et adorable Tami Terrell…

Je ne savais pas que les reines d’Ethiopie comme Aretha Franklin pouvaient tenir en haleine des scènes aussi vastes avec tant de swing, robe verte, larmes dorées sur les joues, une coiffe venue des confins du Yémen d’où s’échappe des cheveux teints en roux…

Même à Las Vegas. Oui, même à Las Vegas.