Inner City Blog


Finance nothingness
5 juillet 2012, 9:48
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Il y a de quoi en avoir assez, de l’argent. Je connais des hommes, des incapables, des inadaptés, des rêveurs baudelairiens dans Athènes en crise, des râleurs aux poches crevées à Paris, des punks sentimentaux, des Américains renégats, qui mériteraient qu’on se cotise pour eux. Nous tous, un euro chacun par an. Pour qu’ils puissent vivre de bouts de pain et de fromage, de draps propres, de contemplation de filles et de monuments splendides, tant qu’il est bon que cela se fasse ainsi. Ils ne viendraient peut-être nous embarrasser qu’avec un peu d’art, un je ne sais quoi de beauté, trois fois rien de splendeur, à la rigueur.

Mais que Barrett Strong ait tricoté seul ce tube tout de guitare surf, de chœurs façon Ray Charles et ses Cookies, de voix de papier de verre, avant d’écrire Through The Grapevine, War, Ball Of Confusion et Papa Was A Rollin’ Stone, est un scandale. Que les Lennon-McCartney et la bande aient su en tirer le suc est difficile à admettre.

Nous autres, nécessairement, nous devons être des paresseux. Je ne vois pas d’autre explication.



Ain’t nothing
17 mai 2011, 6:34
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Fumeur de clopes, buveur de cafés, râleur de grenier, mangeur de gigot, grignoteur de pain, nageur de criques, chasseur de criquets, plongeur de haubans, glandeur de pont, goûteur de poulpes, roi de rien, empereur de personne, rigolard de salon, coupeur de cheveux en quatre, chipoteur de disputes, poète de petites filles, raconteur de bobards, chapardeur de monnaie, miauleur de soirs d’été, aboyeur de matins d’hiver, siffloteur de rues, je suis fait pour tous ces métiers, pas pour les autres, je disais encore l’autre jour, avant d’être interrompu par Bill Withers…



Old precious rubbish

Dans le grenier, un matin d’ennui, il trouva sa visionneuse de diapositives, un vieux cadeau qu’il avait oublié depuis que sa grand-mère était morte, un après-midi, des années auparavant. Sans doute, avec les petites automobiles beiges Simca qu’il faisait naguère rouler droit sur les marches de la cave, avait-il décidé idiotement, quelque part dans les brumes de son esprit d’enfant, qu’il n’y toucherait plus de peur d’y revoir les jours passés ou, au moins, des images qui lui sauteraient au visage et agripperaient son cœur pour ne plus le lâcher des heures durant. Alors, il l’avait rangé entre les tranches pelucheuses de vieux livres. Pourtant, ce jour-là, il cala ses yeux dans les manchons de plastique et actionna la mollette qui faisait tourner les vignettes. Dedans, il n’est pas sûr aujourd’hui, mais il croit qu’il vit ceci :



Brooklyn bravado

Que les malheureux qui, depuis des années, pérorent en disant de Marvin Gaye qu’il est un chanteur pour midinettes, philosophe pour classes terminales, sex-symbol d’adolescentes prolétarisées et idoles de garçons-coiffeurs trop délicats, sortent dans la rue, écoutent la bande originale du film « Troubleman » et se taisent.

Nous autres, sans eux, nous jouirons virilement de ce « T Stands For Trouble » enduit d’une couche dorée et noire, faite d’un Moog un peu gras, de cuivres à la majesté romaine et d’une petite formation de vents particulièrement groovy. Nous les repousserons avec dédain, d’un revers de notre petite guitare pincée assassine, nos congas, notre sax et notre basse électrique aussi indifférente qu’un macho de Brooklyn.



Erotic witchcraft

Il est étrange, extrêmement étrange, ce titre des 24-Carat Black, aussi étrange qu’une introspection de haschichin. Une voix de femme s’enroule autour d’une diabolique basse électrique du pays des merveilles. Une Alice tombe longuement, interminablement, au fond du puits des rêves, croisant des horloges, des chats, des théières et des automobiles.

« The Best Of Good Love Gone » ou la black soul cérébrale. Les yeux fermés sur un kaléidoscope psychédélique, incantant l’amour perdu, « le meilleur de l’amour envolé », les mains ouvertes et les épaules mouvantes comme celles d’une pythie, d’une magicienne. La Diotime de Socrate qui nous enseigne l’érotisme et le gospel.



FM nuggets
9 avril 2010, 1:11
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La Jamaïque a eu son label, sa Motown, son studio « proper proper », sa marque indélébile sur la paume du génie musical, une pépinière innovante ronronnant sous l’autorité de Clement « Six Coxsone » Dodd, l’homme qui fit enregistrer Jackie Mitoo ou Ernest Ranglin et co-fondateur des Skatalites, installée dans une petite maison blanche de Brendford Road, à Kingston, où tous les petits musiciens de l’île recevaient 20 £ pour chaque morceau enregistré : Studio One.

Paul Anthony Dixon, dit « Pablove Black », est l’un de ses poulains des années 70, sachant mêler, dans ses pépites de radio FM, les distorsions métalliques et les bulles de savon de la funk dans le reggae, cocktail savoureux et cristallisé par un trait de sucre de canne.



No, you ain’t
5 mars 2010, 9:30
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Il y a du groove sur ce plateau, dans les robes scintillantes des trois filles du quartier des Brewster-Douglas housing projects de Detroit, dans l’immense sourire et les épaules menues de Diana Ross, dans les noeuds papillons lamés des Temptations, dans ces nappes de woohoohoos, dans cette irrésistible petite guitare obstinée, dans ces cuivres étincelants comme la trompette des anges, dans le grain saturé de ces caméras de télévision…

Un duo comme celui-là se présente avec une révérence.