Inner City Blog


Radio is the future
27 juin 2011, 5:36
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Faut croire qu’ils sont comme ça, les types à la radio. Ils mettent un disque et ils attendent. Le bras levé sur la galette noire et les milles comètes des sillons, puis ils posent le diamant et ils se taisent, allument une cigarette et ne sentent rien. Rien ou presque. Presque rien.

Celui-là vient de mettre « Harlem Country Girl » de l’insolent trompettiste et guitariste oublié Olu Dara, baptisé ainsi plutôt que Charles Jones III par un prêtre yoruba après une virée au Nigeria, un baladin fumeur de clopes, un ahaneur de micro, vaguement écoeuré, buveur de café, père du rappeur Nas, sans savoir que, quelques kilomètres plus loin, je cherchais. La radio, c’est l’avenir.



The Revolution will not give your mouth sex appeal
28 mai 2011, 5:14
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C.Q.F.D. (1949-2011)



Freedom & culture

Depuis deux semaines, ils tournent, ces deux mots-là, avec raison mais derrière un masque d’Indien, un harnachement de plumes et de brouillard : la liberté et la culture. Et que disent-ils ? Rien encore. Mais ils surgissent dans la conversation. Ils s’imposent. Ils se rappellent. Ils s’incrustent, j’ignore pourquoi.

Et puis soudain ils se révèlent dans cet évident témoignage d’amour du big man Cannonball Aderley et ses frangins pour le « brother John » Coltrane, embarqués — hommes, instruments et affection — dans un inquiétant train de nuit dessiné par Yusuf Lateef, souffle d’or.



Home abroad
30 octobre 2010, 10:23
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Nous vivons dans un loft où les canapés sont profonds. Le matin se termine avec de l’eau chaude dans une salle de bains étincelante. Une tasse de café et un disque de jazz embaument l’espace vide. La liberté nous appelle à sortir d’un long sommeil. La musique éclate à travers les vitres jaunes et pose sa main sur notre épaule comme une femme amoureuse.

Et si nous n’avons pas cela dans notre vie, l’ancien Jazz Messenger Gary Bartz et sa Ntu Troop, dans ce « Celestial Blues », nous l’offre à peu de frais. Comme un ami qui s’en va ferme la porte de son appartement derrière lui et nous disant de faire comme chez nous.



Journey to freedom

La liberté soudain fait entrer un vent froid dans la chambre. Elle fait voler les couvertures, pique le visage et crispe les épaules. La lumière y est rude, blanche et hivernale. Elle ne se complaît pas dans des clairs-obscurs agréables. Il y règne le grand impératif du courage.

Illustration. Avant de s’engouffrer dans la bulle en plastique du disco, les New-Yorkais du Salsoul Orchestra sont passés par la locomotive dorée de la funk. Ici, en 1977, ils se sont embarqués dans un « Getaway » qui ne pardonne pas, sous l’injonction moralo-pornographique « Dance your ass »… Une « échappée » libre et heureuse où il s’agit de prendre son souffle dans l’air froid, d’enrouler son écharpe autour du cou et de partir, les poings dans les poches, vers de nouveaux chemins bien plus glorieux, bien plus élevés que nos ordinaires et étroites petites allées de terre.



Crossroads to freedom
25 septembre 2010, 7:03
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Décider, faire un choix, prendre une direction et le dire, c’est le privilège des humains et aussi passer le cap du meurtre comme de la délivrance, éprouver la liberté enfin, se libérer ou se dissoudre. Et les philosophes ont parfois erré dans les studios de Chess Records : la preuve.

La très new-yorkaise Marlena Shaw et la diabolique guitare à sourdine qui l’accompagne ici, en 1969, dans l’indispensable album « Spice of Life », font mine de se poser la question : où aller ? Elles répondent, à la fin, bibliquement,  : « No more wandering for me, for at last I am free. » Plus d’errance pour moi, je suis enfin libre. Répondons liturgiquement : que les anges du ciel les protègent de leurs ailes de plumes !



On your hands
16 septembre 2010, 8:14
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Les complaintes célestes de Billie Holiday apparaissent comme des passantes et tournent le coin de la rue pour toujours. Ce « Body and Soul »-là a été enregistré en 1940 lorsque Lady Day avait encore le courage de piquer une fleur dans ses cheveux. Son enregistrement, lointain, dédaigneux, noble, est comme un regard d’étrangère sur nos mains : il perce notre mystère, dénude notre intimité plus que toute œillade équivoque.

Une tasse de café, une cuillère posée sur la table, des grains de sucre épars, le soleil du matin. Et le cœur qui revit pour se raidir, pour revendiquer ses battements, parce qu’une femme a regardé tes mains posées devant toi.

Eleanora Fagan, dite « Billie »… Pythie. Pity. Corps et âme qui disent la vérité, ignorant les mots pour le reste.