Inner City Blog


Voodoo gospel

L’album « Os Afro-Sambas » de Baden Powell et Vinícius De Moraes, paru à Rio en 1966, se pose comme une colombe ensorcelée dans l’histoire du gospel et de la soul, au partage des eaux de la musique populaire brésilienne et du negro-spiritual.

Avec ses instruments loufoques et ses voix qui hululent de travers, ses abataques et ses afoxés, ses inspirations vaudous puisant du bout des doigts dans une mixture de candomblé et d’umbanda, ses chants en l’honneur d’habiles petits diables protecteurs ou du somptueux dieu des mers, il exhale un parfum de cigare fumée par une femme et de bâton de cannelle mâché par un homme. Des pieds poussiéreux habillés de dentelles.

Tandis qu’ils chantent Iemanja surgissant des flots, les verres de Baden et Vinícius sont posés sur la table à côté de ceux de Marvin Gaye, Nina Simone et Ray Charles.

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Black Athena
8 mars 2010, 9:16
Filed under: Jazz, Soul | Étiquettes: , , , , , , , ,

Son prénom d’artiste, Eunice Kathleen Waymon l’a choisi pour un homme et son nom de famille pour une femme. Un amant latinoaméricain la surnommait « niña » et, au-delà de toutes, elle admirait Simone Signoret. Intransigeante grande sœur des femmes noires de la deuxième moitié du XXe siècle, elle ne céda jamais sur cette triple filiation que ces choix inspiraient : l’amour, la lutte et la beauté. Le triste roman américain de son enfance a fait d’elle ce monument de la chanson, cette vamp révolutionnaire, l’Athéna noire d’une Amérique qui s’est libérée par la musique, la lutte intellectuelle et  la rébellion intérieure.

Ain’t Got No… I Got Life est pourtant une chanson de Blanc, tirée de la comédie musicale Hair. Mais l’interprétation en public livrée ici, à Harlem en 1969, est toute entière empreinte de gravité et de soul, alliance noire et lucide parfaite que Nina Simone seule est parvenue à maintenir une vie durant, dans un monde qui de plus en plus chérit la jovialité inconséquente des idiots.