Inner City Blog


Lost sister

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.

Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.

Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à touscette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.



Old precious rubbish

Dans le grenier, un matin d’ennui, il trouva sa visionneuse de diapositives, un vieux cadeau qu’il avait oublié depuis que sa grand-mère était morte, un après-midi, des années auparavant. Sans doute, avec les petites automobiles beiges Simca qu’il faisait naguère rouler droit sur les marches de la cave, avait-il décidé idiotement, quelque part dans les brumes de son esprit d’enfant, qu’il n’y toucherait plus de peur d’y revoir les jours passés ou, au moins, des images qui lui sauteraient au visage et agripperaient son cœur pour ne plus le lâcher des heures durant. Alors, il l’avait rangé entre les tranches pelucheuses de vieux livres. Pourtant, ce jour-là, il cala ses yeux dans les manchons de plastique et actionna la mollette qui faisait tourner les vignettes. Dedans, il n’est pas sûr aujourd’hui, mais il croit qu’il vit ceci :



Behind the Second Line

Nous sommes des créatures du présent, sans doute. Mais avec notre pas mécanique, nos habitudes et nos tics, nous transportons aussi une chambre d’enfant, des images et des parfums, des tâches sur nos chemises, et même parfois une rue, un quartier ou une ville.

La saudade au Brésil, la tezeta en Ethiopie… Les hommes sont incorrigibles. Mais nous, avons-nous aménagé la place que la nostalgie mérite dans nos vies, dans nos pays ? Avec Billie Holliday dans les bras, Louis Armstrong répondait ici à sa manière, juste après la guerre, le long d’une longue et langoureuse question, chaloupée comme un soupir de soulagement, quelques pas derrière une Second Line accrocheuse déambulant dans les rues du Lower Ninth Ward.