Inner City Blog


Afternoon wandering

Avec cet été qui n’arrive pas, mettons nos blousons doublés, fourrons nos mains dans les poches et sortons errer dans les terrains vagues de nos villes. Nous ferons ainsi comme nos pères, s’ils ne se sont pas trop vite convertis à la lumière d’abattoir de la vie bourgeoise. Nous ferons ainsi comme nos grands frères, qui ont été tristes avant nous.

Le gamin londonien Michael Kiwanuka, supporter de Tottenham et de Bill Withers, s’y trouve avec une grande chanson pleine de cuivres nigérians, de flutes de San Francisco et d’appels à l’aide du maître d’hôtel Marion Black. Passer l’après-midi avec lui permet de savoir quoi faire de nos nuits.



Useless and precious

Syl Johnson est la preuve vivante, maléfique, que la banalité et l’irruption du génie sont des sœurs qui se détestent, mais sont liées par un pacte de sang. En 1969, il enregistra ce très légitime sermon de victime jalouse, cette complainte de juge-pénitent, cette revendication de « bad boy with a big heart », avant de disparaître peu à peu derrière l’ombre érotique d’Al Green, l’ionisation multicolore de James Brown et le spectre velouté d’Otis Redding. Presque totalement effacé, inutile comme une chaise cassée, l’homme a lancé au début des années 80 une chaîne de fast-food de poisson, après nous avoir laissé de vieux disques à réécouter quand il pleut.



Funky survivors
25 mai 2010, 3:04
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Non, les Bar-Kays ne sont pas tous morts dans le crash de l’avion d’Otis Redding. Ben Cauley fut même le seul survivant, tandis que James Alexander n’était pas dans l’avion.

Quelques recrues nouvelles et une poignée d’années plus tard, ils paradaient même au grand stade de Los Angeles où, en 1984, un homme en jet-pack atterrira devant des caméras venues du monde entier, pour donner le titre éponyme, comme on dit, du nanard « Son of Shaft » tournée l’année précédente et qui fit un bide mérité. Ils sont même encore vivants et continuent de tourner autour du génie, sans jamais vraiment l’atteindre, mais avec des costumes merveilleux.



Boxing angel
24 mai 2010, 10:07
Filed under: Soul | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Même dans le doute, les performances publiques d’Otis Redding rassurent au moins sur un fait. Les plus scrogneuneus des amateurs de soul pourront toujours y retrouver les montées progressives vers les cieux des églises du bassin du Mississippi, la sauvagerie câline de leurs premières amours et l’incompréhensible swing des clubs de Chicago. Que demander de plus à un disque posé sur une platine ? Ah oui, une gueule d’ange-boxeur et un destin tragique.



The pilgrim

On remet un disque d’Otis Redding comme on retourne à Rome, avec des sandales de pèlerin. Une jubilation sourde, une densité puissante et magnétique, une sorte de possession angélique et païenne s’empare de la scène lorsqu’il chante, une sévère harmonie religieuse… Mais il y a aussi, c’est vrai, toujours eu quelque chose de triste, d’un peu funèbre, dans la mélancolie éraillée de ce fils de pasteur à mi-temps de Géorgie, comme le parfum d’encens qui flotte après les cérémonies à Trinita-dei-Monti.

Du reste, cet extrait d’une émission de télévision diffusée en direct dans la soirée du 9 décembre 1967 ne me contredira pas. Le lendemain après-midi de cette performance, Otis Redding et ses Bar-Kays ont perdu la vie dans un accident d’avion. Seul le trompettiste Ben Cauley, ici au fond à droite, avec des accents mexicains dans le souffle, a miraculeusement survécu au crash. Le bassiste James Alexander avait pris un autre avion.

Tous deux inventeront la funk moderne quelques années plus tard, toujours sous le nom des Bar-Kays, mais moulés dans des costumes inouïs et coiffés d’immenses afros décolorés.