Inner City Blog


Lost sister

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.

Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.

Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à touscette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.

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Distant brothers

Ils sont cousins. Ils fréquentent le même jardin où nous nous sommes aventurés pour souffler un peu. Ils se tiennent à peu de distance l’un de l’autre. La promenade avec eux est libre et mélancolique, portée par l’impulsion d’une basse méthodique. Dans les embellies de leurs cuivres, nos visages se réchauffent quelques instants au soleil. Dans l’ombre de leur groove, on se prend à rêver d’avoir le temps d’être enfin paresseux.

Ici, sur notre seuil, dans nos salles, voici la « route poussiéreuse » du môme Gérald Bonnegrace, alias G’s Way (avec JC Moine). Ce nouvel artisan français d’un funk appliqué, acidulé comme le méchant petit Fender Rhodes qui surgit à 3″30, trempe un délicieux biscuit à la cannelle dans le moka de l’afrobeat. Là-bas, dans notre passé, voici la « danse » aguicheuse de Loran, animée comme une marionnette pour adultes par le plus brooklynien des barbus, Leo Morris, alias Idris Muhammad.

En sortant du jardin, il faut s’asseoir dans un café et leur sourire, tour à tour, avant de retourner à nos vies pluvieuses.

Cliquez sur la photo pour accéder au Bandcamp de G’s Way et écouter librement le splendide « Dirt Road » dont il est question ici, mais aussi l’intégralité d’un album impeccablement autoproduit : Seventy Seven.

Photo : Aurélie Chevallier



Trip room

Une longue absence, donc un disque à la main… Sortie d’on ne sait où, vers Washington DC avec un père saxophoniste en uniforme, voici Meshell Ndegeocello. Cette dame a donné naissance, sur un dernier album polymorphe, à un oeuf-bijou enchanté et maléfique, une bulle obscure et chic dans laquelle se plaint une femme opprimée, un longue plaidoirie d’avocate des night-clubs et des droits du peuple : Rapid Fire.

En ouvrant la porte de la chambre d’où provient la musique, on respire pour notre envoûtement l’air de la Cold Wave et de ses prophètes noirs, mêlé au chant rituel d’Iggy Pop, dans la fumée de Gil Scott Heron.



Kinky new year
31 décembre 2011, 4:05
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Après une année épouvantable, voici enfin la conclusion, la fin, le temps de l’autre temps.

On souhaitera volontiers aux volontaires réunis ici d’envoyer enfin paître les bigots de tous acabits, de renoncer aux crèmes trop musquées de la bourgeoisie, de cesser de vénérer les trésoriers et les directeurs du personnel, d’aimer des femmes parfumées de sourires et armées de fusils à canon scié — que celles-ci leur offrent de longues journées un peu pornographiques en riant, qu’elles appuient sur une gâchette vide et qu’elles cassent les verres de champagne qu’elles auront vidés pour eux, avant de monter dans la chambre.

Soyez bénis si alors vous aimez ça. Voici la prière que feront en votre honneur les anges délurés du Funkadelic, après avoir promis de « lècher vos émotions funky » quand vous aurez « sucé leur âme ».



Hear them up
27 novembre 2011, 6:53
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Du tumulte, oui. Quatre minutes d’antenne dans une émission pour petits Blancs, on n’a guère besoin de plus pour en faire. George Clinton et sa bande du Funkadelic, en pleine démonstration de boucan spirituel, ne le font dire à personne, dans cet « I Got A Thing (You Got A Thing, We Got A Thing, Everybody’s Got A Thing) », opuscule révolutionnaire, wahwah, costumes, guitares électriques, afros et tout le tralala.



Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.



Starting over
7 octobre 2011, 5:42
Filed under: Soul, Télévision | Mots-clefs: , , , , , , , , , ,

On vient de faire éclater le crâne du Président Kennedy à coup de fusil, à distance. Quelques heures plus tard, son frère Harold se fait trouer la peau devant un night-club de Nashville. Bobby Hebb prend alors sa guitare et compose « Sunny ».

Depuis, à force de la passer et la repasser comme une pommade, la chanson est pour nous devenue indolore, anesthésiée, télévisualisée, radio-crochetisée. On ne l’entend plus, elle est hostile comme une ex. Elle a disparu derrière des couches de maquillage. Sauf lorsque l’auteur, seul avec Ron Carter, la ressort de son écrin de 1966. En ôte les scories, les fioritures, les poussières. Elle brille alors de mille feux, dans le soleil que l’on croyait oublié.