Inner City Blog


Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



Bad bad boy

Shuggie Otis, on l’a dit, était un homme à tout faire, un garçon-orchestre de la soul, portant de fausses moustaches en scène à quatorze ans pour faire croire qu’il avait déjà grandi. Mais c’était aussi un épouvantable enfant gâté, un surdoué insupportable, une prima-donna qui — après avoir accouché en 1974, après trois ans de travail solitaire, du morceau de soleil versicolore que voici, « Inspiration Information » (ouvrant l’album du même nom) — est allé jusqu’à refuser d’intégrer les Rolling Stones pour une tournée géante, d’être produit par Quincy Jones et d’autres bouderies du même acabit. Les gars d’Epic Records, épuisés, ont déchiré son contrat à la fin de cette année-là. Shuggie Otis a haussé les épaules en disant qu’il s’en foutait. Nous aussi, non ?



Mister Do-It-All
9 mars 2010, 6:34
Filed under: Funk, Soul, Télévision | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Shuggie Otis est un homme-orchestre, un surdoué de la soul, un enfant prodige du ghetto, un solitaire revêche et génial, un virtuose insupportable qui, avec sa musique, enflamme les cœurs et la colère.

Fils du bluesman et directeur de big-band Johnny Otis, l’affreux garnement est allé secouer sa première salle de concert affublé d’une perruque et de fausses moustaches, histoire de faire oublier ses quatorze ans. Adulte, il n’a jamais pu travailler avec d’autres bien longtemps, sauf peut-être Frank Zappa pour lequel il a tenu la basse électrique dans le jovial « Peaches In Regalia » de l’indispensable album « Hot Rats ».

Puis il a décidé de tout faire lui-même, de la composition au triangle, tous les instruments enregistrés l’un après l’autre avant d’être mixés par les mêmes mains qui avaient fait s’envoler les titres ludiques et psychédéliques enchaînés le long de sa poignée d’albums. Puis il s’est arrêté.

Pourtant, il parlait pour ceux qui apparaissent dans cette belle vidéo. Il était aussi nonchalant, avec autant d’inquiétude pourtant, la même « rêverie glacée », autant d’envie qu’on lui foute, une fois pour toutes, la paix.