Inner City Blog


Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.



Grace and complaints
5 juin 2011, 8:35
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L’orage brutal flashe sur les toits. Dimanche s’endort interminablement. Mon frangin est laid, grince dans son harmonica et se plaint sans arrêt. Il sent l’eau de Cologne et la cigarette. Mais il a de la grâce en s’avançant, son instrument dans sa grande main tordue et son rictus édenté offert aux belles femmes qui, sobres, sont encore lucides. Mon frère Sonny Boy Williamson se plaint des frangines. Je me tais.



Ain’t nothing
17 mai 2011, 6:34
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Fumeur de clopes, buveur de cafés, râleur de grenier, mangeur de gigot, grignoteur de pain, nageur de criques, chasseur de criquets, plongeur de haubans, glandeur de pont, goûteur de poulpes, roi de rien, empereur de personne, rigolard de salon, coupeur de cheveux en quatre, chipoteur de disputes, poète de petites filles, raconteur de bobards, chapardeur de monnaie, miauleur de soirs d’été, aboyeur de matins d’hiver, siffloteur de rues, je suis fait pour tous ces métiers, pas pour les autres, je disais encore l’autre jour, avant d’être interrompu par Bill Withers…



Old precious rubbish

Dans le grenier, un matin d’ennui, il trouva sa visionneuse de diapositives, un vieux cadeau qu’il avait oublié depuis que sa grand-mère était morte, un après-midi, des années auparavant. Sans doute, avec les petites automobiles beiges Simca qu’il faisait naguère rouler droit sur les marches de la cave, avait-il décidé idiotement, quelque part dans les brumes de son esprit d’enfant, qu’il n’y toucherait plus de peur d’y revoir les jours passés ou, au moins, des images qui lui sauteraient au visage et agripperaient son cœur pour ne plus le lâcher des heures durant. Alors, il l’avait rangé entre les tranches pelucheuses de vieux livres. Pourtant, ce jour-là, il cala ses yeux dans les manchons de plastique et actionna la mollette qui faisait tourner les vignettes. Dedans, il n’est pas sûr aujourd’hui, mais il croit qu’il vit ceci :



Goodbye samouraï
23 janvier 2011, 11:53
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Quand il ne reste plus que ça, que s’est éteinte la guirlande pathétique des amours médiocres, que le silence est revenu dans le bavardage, que le corps est enfin seul avec son petit tas de douleurs, que les fenêtres sont refermées sur le matin glacé, alors ce fou souriant d’Horace Silver et son quintet de tricoteurs géniaux peuvent librement parler.

Les voici, donc, dans un « Sayonara Blues » difficilement résistible, jazz et funk mêlés, une trompette céleste et les mains d’acier du chef sur son clavier d’ivoire, un méchant saxophone, un thème roulant comme un train du futur perforant Tokyo, perdus dans la traduction eux aussi…



Irregular appearances

Le génie s’acoquine avec l’indigence, comme deux sœurs un peu sorcières que tout le monde fuit et qui dans leur splendeur gâchée terrorisent leur entourage. Mieux vaut pourtant ne pas se fier aux apparences.

Car quand il ne reste qu’une vieille moto et des allocations chômage pour toute possession, on peut toujours aussi bien rester le J.D. Salinger de la funk, disparu depuis toujours, reparaissant par intermittence pour terroriser les producteurs, s’évanouissant de nouveau dans les fumées mauves de sa propre légende. Oui, Sylvester Stewart, alias « Sly Stone », vit paraît-il aujourd’hui quelque part dans une baraque paumée de la très recluse Napa Valley, avec deux « assistantes » que personne n’a jamais vues et des procès en cascade. Lorsqu’il revient parmi les vivants, c’est pour se moquer de nous.

Il a ça, malgré tout, dans les poches : l’invention de quelque chose, mais quoi ?



Haunted house

Le soleil de l’été moleste les pierres blanches. Le vent de la mer conteste la journée. L’amant jadis habité par une femme a des yeux de maison hantée.

Dans le poste de radio de la voiture, les Temptations, en smokings et lunettes, disent la même chose. Au sommet des lacets de la route, le cœur s’arrête de battre un instant, puis repart. Le muret aux aloès tourne. Il n’y a personne, jusqu’à la grande ville, dans le golfe.

Ils l’ont déjà perdue, tous ensemble, et leurs sourires sont dévastateurs.