Inner City Blog


Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.

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Irregular appearances

Le génie s’acoquine avec l’indigence, comme deux sœurs un peu sorcières que tout le monde fuit et qui dans leur splendeur gâchée terrorisent leur entourage. Mieux vaut pourtant ne pas se fier aux apparences.

Car quand il ne reste qu’une vieille moto et des allocations chômage pour toute possession, on peut toujours aussi bien rester le J.D. Salinger de la funk, disparu depuis toujours, reparaissant par intermittence pour terroriser les producteurs, s’évanouissant de nouveau dans les fumées mauves de sa propre légende. Oui, Sylvester Stewart, alias « Sly Stone », vit paraît-il aujourd’hui quelque part dans une baraque paumée de la très recluse Napa Valley, avec deux « assistantes » que personne n’a jamais vues et des procès en cascade. Lorsqu’il revient parmi les vivants, c’est pour se moquer de nous.

Il a ça, malgré tout, dans les poches : l’invention de quelque chose, mais quoi ?



Six billion choices
4 septembre 2010, 3:19
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Pourquoi les danseurs anonymes de Soul Train choisissent-ils, dans la fosse magique, de regarder l’un plutôt que l’autre ? De danser avec l’une plutôt qu’avec l’autre ? De sourire à l’un en relevant la tête plutôt qu’à l’autre ? Il faut des messagers de dieux à paillettes comme les Isley Brothers pour couvrir de plumes versicolores cette parade incompréhensible, au fond, pour les cœurs seuls.

Six milliards d’êtres humains et nous en prenons un au hasard, toujours un peu au hasard, pour l’accompagner sur sa route et la nôtre. Ensuite, il faut tenir. Tenir son choix, ses promesses et son regard droit, son cœur clair, son honneur intact, le rythme vivant. Que l’on renie ce choix et les portes de l’enfer s’ouvrent alors pour nous châtier l’un et l’autre.

Ils ont raison, les frères Isley, « Who’s That Lady ? » après tout…



The poison of hope

L’espoir est un poison lent, distillé goutte à goutte à mesure que les jours passent. Il emplit les veines et bat dans le pouls sans rien affirmer ni démentir. Il se contente d’instiller un doute, une infime particule de lumière dans une nuit de cave, une étoile maigre et pauvre qui survit à l’aube. Inutile et dangereux comme une scorpion domestique, il survient parfois, dans la docilité du quotidien, comme une embellie brûlante. Haï, il n’est pourtant pas tué.

Or, les miracles ne surviennent que là où vivent les miraculeux. Tout peut advenir, chez eux, surtout l’improbable. Mais ils misent leur vie sur un espoir, comme un gosse de riches qui met les joyaux de la famille sur un tapis de poker, comme un petit employé qui savoure la liberté de n’être servi par personne et qui tombe soudain amoureux.

C’est moi qui décide lorsque l’espoir doit mourir. Je suis son chef et son destin.



Caligula’s joy

Les étés peuvent être de terribles révélateurs, comme les lumières de salle de bain, comme les bains chimiques qui révélaient naguère des photos floues, ratées, stupidement trompeuses, fades comme des endives, banales comme des canapés. Après avoir invité une méchante guitare, The Isley Brothers, en voulant redonner aux brises d’été leur souffle de fleurs, la douceur des draps des amoureux, la liberté inspirée par les ciels verts des soirs de Méditerranée, leur rend du même coup leur folie confuse, leur crispation muette, leur exaltation angoissée comme les joies de Caligula.

Coup de maître sur lequel certains dansent malgré tout, comme dans les flammes d’un enfer rose.



Spring soul sandwich
29 avril 2010, 2:34
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Faites griller deux tranches de soul colorée jusqu’à obtenir une légère dorure scintillante, caressez d’une fine couche de beurre violoné à peine disco, ajoutez une feuille de bonne volonté naïve, bien rincée à l’eau froide, sur laquelle vous couchez en croix deux belles entailles de joie finement salée, couvrez d’une grosse rondelle de télévision pour rafraîchir et saupoudrez de quelques inconnus émondés que vous aurez fait légèrement sauter sur des projecteurs. Fermez avec un trait de génie de marque « O’Jays ». Servez tiède l’après-midi, avec une limonade glacée.



Wednesday afternoon colors
7 avril 2010, 3:33
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Les idées simples peuvent prendre des proportions gigantesques, comme Soul Train, l’émission fondée et animée pendant plus de vingt ans par Don Cornelius et ses costumes épouvantables.

Le petit animateur de radio-crochets itinérants de Chicago avait senti le vent. Commencé le mercredi après-midi, avec le parrainage financier d’une chaîne de supermarché, sur une petite chaîne locale, la « chose » est devenue la plateforme de la musique noire américaine tout au long des années 70, notamment grâce à la « Line Dance » où les quidams de Los Angeles venaient parader devant une caméra dans leurs costumes les plus chics.

Avoir, en rentrant de l’école, allumé sa télévision sur ce type de performance articulé autour de Fred Wesley & The JB’s, une sorte de Rue Sésame funky… Et ne rien regretter, ni les devoirs en retard ni les affreux pantalons de l’époque…