Inner City Blog


Finance nothingness
5 juillet 2012, 9:48
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Il y a de quoi en avoir assez, de l’argent. Je connais des hommes, des incapables, des inadaptés, des rêveurs baudelairiens dans Athènes en crise, des râleurs aux poches crevées à Paris, des punks sentimentaux, des Américains renégats, qui mériteraient qu’on se cotise pour eux. Nous tous, un euro chacun par an. Pour qu’ils puissent vivre de bouts de pain et de fromage, de draps propres, de contemplation de filles et de monuments splendides, tant qu’il est bon que cela se fasse ainsi. Ils ne viendraient peut-être nous embarrasser qu’avec un peu d’art, un je ne sais quoi de beauté, trois fois rien de splendeur, à la rigueur.

Mais que Barrett Strong ait tricoté seul ce tube tout de guitare surf, de chœurs façon Ray Charles et ses Cookies, de voix de papier de verre, avant d’écrire Through The Grapevine, War, Ball Of Confusion et Papa Was A Rollin’ Stone, est un scandale. Que les Lennon-McCartney et la bande aient su en tirer le suc est difficile à admettre.

Nous autres, nécessairement, nous devons être des paresseux. Je ne vois pas d’autre explication.

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Afternoon wandering

Avec cet été qui n’arrive pas, mettons nos blousons doublés, fourrons nos mains dans les poches et sortons errer dans les terrains vagues de nos villes. Nous ferons ainsi comme nos pères, s’ils ne se sont pas trop vite convertis à la lumière d’abattoir de la vie bourgeoise. Nous ferons ainsi comme nos grands frères, qui ont été tristes avant nous.

Le gamin londonien Michael Kiwanuka, supporter de Tottenham et de Bill Withers, s’y trouve avec une grande chanson pleine de cuivres nigérians, de flutes de San Francisco et d’appels à l’aide du maître d’hôtel Marion Black. Passer l’après-midi avec lui permet de savoir quoi faire de nos nuits.



Lost sister

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.

Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.

Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à touscette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.



Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.



Trip room

Une longue absence, donc un disque à la main… Sortie d’on ne sait où, vers Washington DC avec un père saxophoniste en uniforme, voici Meshell Ndegeocello. Cette dame a donné naissance, sur un dernier album polymorphe, à un oeuf-bijou enchanté et maléfique, une bulle obscure et chic dans laquelle se plaint une femme opprimée, un longue plaidoirie d’avocate des night-clubs et des droits du peuple : Rapid Fire.

En ouvrant la porte de la chambre d’où provient la musique, on respire pour notre envoûtement l’air de la Cold Wave et de ses prophètes noirs, mêlé au chant rituel d’Iggy Pop, dans la fumée de Gil Scott Heron.



Longing for spring
9 novembre 2011, 9:24
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Parce que, d’un seul coup, le printemps et l’été deviennent irréels, lointains comme une copine de lycée, une grande sœur partie en Amérique, sans doute faut-il les faire advenir autrement sous les cieux gris. Le révérend Al Green les porte dans ses poches, des pétales de rose devant la porte close, de l’encens soudain brûlé dans les égouts, une femme qui sourit au milieu d’une fusillade. Béni soit-il. La preuve.



Starting over
7 octobre 2011, 5:42
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On vient de faire éclater le crâne du Président Kennedy à coup de fusil, à distance. Quelques heures plus tard, son frère Harold se fait trouer la peau devant un night-club de Nashville. Bobby Hebb prend alors sa guitare et compose « Sunny ».

Depuis, à force de la passer et la repasser comme une pommade, la chanson est pour nous devenue indolore, anesthésiée, télévisualisée, radio-crochetisée. On ne l’entend plus, elle est hostile comme une ex. Elle a disparu derrière des couches de maquillage. Sauf lorsque l’auteur, seul avec Ron Carter, la ressort de son écrin de 1966. En ôte les scories, les fioritures, les poussières. Elle brille alors de mille feux, dans le soleil que l’on croyait oublié.