Inner City Blog


Bad boy’s film

Cheminant en chemise à fleurs et portant un chapeau indien, un peu britannique dans son chaloupement d’anguille, voici avec sa gratte et son clavecin le sale gosse Shuggie Otis.

Dans la grande nuit des questions, dit-il, reste la musique et ses sortilèges. Nul besoin de parler ou chanter. Il suffit de poser la bobine sur le projecteur, d’éteindre les lumières du plafond et d’enclencher la machine. Déboulent aussi sec les collines mornes de Californie, l’ennui léger d’un dimanche de Londres et le salon enfumé de la vieille maison d’un bluesman noir de Memphis. L’étoffe est d’un motif académique, gris Oxford, avec des déchirures d’usage et des colliers chamaniques, à porter avec des bottines vernies de sept lieues.

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Starting over
7 octobre 2011, 5:42
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On vient de faire éclater le crâne du Président Kennedy à coup de fusil, à distance. Quelques heures plus tard, son frère Harold se fait trouer la peau devant un night-club de Nashville. Bobby Hebb prend alors sa guitare et compose « Sunny ».

Depuis, à force de la passer et la repasser comme une pommade, la chanson est pour nous devenue indolore, anesthésiée, télévisualisée, radio-crochetisée. On ne l’entend plus, elle est hostile comme une ex. Elle a disparu derrière des couches de maquillage. Sauf lorsque l’auteur, seul avec Ron Carter, la ressort de son écrin de 1966. En ôte les scories, les fioritures, les poussières. Elle brille alors de mille feux, dans le soleil que l’on croyait oublié.



Three minutes truth
27 février 2011, 6:18
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Un 45-tours, c’était trois minutes pour dire la vérité.

Dans son ballon mauve, Freddie North est juste une fois passé au-dessus de nos villes, entre les briques rouges de nos murs et nos antennes rouillées, entre 1973 et 1975. Et puis il a disparu derrière le métro aérien, enveloppé par les fumées de nos cheminées collectives, dans les trainées dorées de ses cuivres. Nous sommes restés là, avec sa petite guitare chaloupant dans nos reins et un petit morceau de papier qu’il nous a glissé dans la poche : notre amour peut facilement se changer en haine, voilà tout. Merci et au revoir, Freddie.