Inner City Blog


Adult party

Dès la vingt-septième seconde, elle saisit la mesure du génie et l’on peut voir, vraiment voir, la gifle versicolore frapper sa joue droite et faire pivoter son beau visage. Puis elle disparaît et les adultes prennent possession de l’espace. L’enfant, assise, les genoux repliés sur sa poitrine devant la famille Stone, se laisse enduire par l’esprit de Sly le faune, qui dévide sa pelote comme l’homme-orchestre, le bateleur de foire, le troubadour érotique qu’il est, « Hot Fun In The Summertime », « Don’t Call Me Nigger, Whitey » et « Higher », enchaînés l’un à l’autre comme une corde dorée sur laquelle on aurait tressé des rubans de couleurs criardes.

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The mighty sorcerer

Le garçon a quitté l’école qu’il fréquentait tant bien que mal à dix ans, en 1920. Son enseignement, il l’a reçu dans les rues de Dallas, dans les pas du Dallas String Band où se parents s’ébrouaient. A l’âge de quinze ans, il portait déjà une guitare plus grande que lui comme on porte un agneau à tondre. L’aveugle magnifique Blind Lemon Jefferson, à la table du dîner, l’écoutait avec ses yeux blancs. Métis d’Africains et de Cherokee, il avait déjà ce museau de renard qui s’est multiplié jusqu’à sa mort banale, en 1975 à Los Angeles, sur les pochettes de tous ses disques. Aaron Thibeaux Walker… Comment voulez-vous que dans ces parages on ne l’appelât pas « T-Bone », l’enfant du blues ?

De son propre aveu, c’est la guitare électrique de « T-Bone » Walker sur ce « Call It Stormy Monday » qui a poussé B.B. King à s’acheter la sienne et à ne plus la quitter. Chuck Berry, adolescent, cherchait dans ses tablatures les constellations de son érotisme. En 1970, Jimi Hendrix écoutait encore ses sortilèges, dans sa maison de Mayfair, avant de s’endormir éternellement dans les pulsations cérébrales du Vesparax.



Hang on, sister
23 mars 2010, 8:23
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Oui, et pourquoi le dire serait choquant après tout, les femmes éprouvent parfois des douleurs minables comme ces ivrognes célestes que les hommes vénèrent avec déférence, ressassent de misérables petits tas de secrets et des désirs exagérément lubriques, des chagrins sentant la cigarette froide et le verre vide gluant encore de whisky, s’endorment d’avoir trop abusé de servitude et de haschich, boivent pour oublier de honteuses pensées qui martèlent leurs tempes dans le matin pâle et haïssent les hommes, le temps d’en aimer un nouveau, pour leur coquetterie et leur légèreté stupide, leur autosatisfaction idiote et leur sophistication de pacotille.

Grâce leur soit rendue. Elles font alors parfois preuve d’une classe que peu d’hommes ont en eux. Esther Philips, morte à 48 ans de n’être jamais sortie de là, est leur grande sœur.



Niggaz can pop
15 mars 2010, 6:37
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Sautillant, guilleret, faussement ricaneur et à l’aise dans un univers de plastique rose, Sly Stone prouve que si les Britanniques excentriques savent forcer les portes de la soul, les black dudes du Texas savent enfiler la veste cintrée de la pop.

Malgré la hideur grotesque du fond d’écran de cette vidéo surnage tout de même l’esprit des bottes blanches du héros, protagoniste volontaire d’une balade survolée par les trompettes de Burt Bacharach.