Inner City Blog


Lost sister

Et ce sont des villes où nous n’irons jamais. Des chambres où nous ne dormirons pas. Des femmes qui ne nous aimeront pas. Des maisons où nous ne dînerons pas. Ces paradis perdus existent, pourtant. Mais à peine au-delà de nos forces, quelques pas au-délà du médiocre mic-mac où déambulent nos songes.

Ou bien alors ils sont enfermés par leurs parents psychotiques, claquemurés dans la ceinture de chasteté de la politique, comme cette Asmara rêvée, capitale de l’Erythrée, jeune fille tourmentée réduite à l’hébétude à qui je viens de donner trois ans.

Ainsi chantonnait à voix basse Feqadu Amdemesqel, oublié d’entre les oubliés de l’ethiogroove, du haut de sa petite guitare Fender et sous les auspices de trompettes cabossées, dans une arrière-salle de l’avenue Harnet, à la gloire de son Asmara, notre Asmara à touscette Asmarina, qui n’existe pas mais où l’amour et la liberté nous possèdent enfin.

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Goodbye samouraï
23 janvier 2011, 11:53
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Quand il ne reste plus que ça, que s’est éteinte la guirlande pathétique des amours médiocres, que le silence est revenu dans le bavardage, que le corps est enfin seul avec son petit tas de douleurs, que les fenêtres sont refermées sur le matin glacé, alors ce fou souriant d’Horace Silver et son quintet de tricoteurs géniaux peuvent librement parler.

Les voici, donc, dans un « Sayonara Blues » difficilement résistible, jazz et funk mêlés, une trompette céleste et les mains d’acier du chef sur son clavier d’ivoire, un méchant saxophone, un thème roulant comme un train du futur perforant Tokyo, perdus dans la traduction eux aussi…



Behind the Second Line

Nous sommes des créatures du présent, sans doute. Mais avec notre pas mécanique, nos habitudes et nos tics, nous transportons aussi une chambre d’enfant, des images et des parfums, des tâches sur nos chemises, et même parfois une rue, un quartier ou une ville.

La saudade au Brésil, la tezeta en Ethiopie… Les hommes sont incorrigibles. Mais nous, avons-nous aménagé la place que la nostalgie mérite dans nos vies, dans nos pays ? Avec Billie Holliday dans les bras, Louis Armstrong répondait ici à sa manière, juste après la guerre, le long d’une longue et langoureuse question, chaloupée comme un soupir de soulagement, quelques pas derrière une Second Line accrocheuse déambulant dans les rues du Lower Ninth Ward.



Resist if you can

Que fait-on, en 1973, lorsqu’on se nomme Donaldson Toussaint L’Ouverture Byrd II (abrégé en Donald Byrd, tout de même), que l’on est issu d’une famille ordinairement opprimée de Detroit, que l’on a su prendre, à l’âge du lycée, la suite de Clifford Brown au sein des Jazz Messengers, que l’on a bientôt joué avec Herbie Hancock, John Coltrane, Thelonious Monk et Sonny Rollins, et que, soudain, on a décidé de partir seul, avec sa trompette, faire autre chose que ce que l’on a déjà fait ?

A peu près ceci, mélange de tout, agglomération de sons et de rythmes dorés et noirs, un autre jazz, un autre genre… Résistez, si vous le pouvez.



Groovin’ with balloon boy

Les grosses joues de Dizzy Gillespie trottinent le long de ce bijou du jazz le plus funky de Los Angeles, un vrai costume de velours coloré avec souliers vernis, basse électrique, batterie chaloupante et guitare façon Wes Montgomery.

En ce lendemain d’élections, pourquoi ne pas rendre hommage à l’homme grenouille, génie à la trompette recourbée qui découvrit Lalo Schifrin dans un club de Buenos Aires, répandit l’évangile de son big-band aux confins de la Yougoslavie, se présenta à l’élection présidentielle de 1964 et promit, s’il était élu, de rebaptiser la Maison blanche « Blues House », de nommer Ray Charles président de la bibliothèque du Congrès, Miles Davis directeur de la CIA et Malcom X ministre de la Justice, avant de se retirer en faveur de cette crapule de Lyndon Johnson, le vice-président de JFK…



Sun in his mouth
6 mars 2010, 7:32
Filed under: Jazz | Mots-clefs: , , , , , ,

Le soleil de sa trompette a traversé le jazz de part en part. Trois ans seulement, puis il est mort comme Albert Camus, enroulés dans les tôles d’une belle voiture, aux côtés de sa femme Nancy et du pianiste Richie Powell, la nuit du 26 juin 1956, sous la pluie qui lavait à grands seaux le Pennsylvania Turnpike, à la sortie de Philadelphie, après un dernier enregistrement avec Sonny Rollins au « Music City Club ».

Son dernier souffle est, donc, sur vinyl.