Inner City Blog


Starting over
7 octobre 2011, 5:42
Filed under: Soul, Télévision | Mots-clefs: , , , , , , , , , ,

On vient de faire éclater le crâne du Président Kennedy à coup de fusil, à distance. Quelques heures plus tard, son frère Harold se fait trouer la peau devant un night-club de Nashville. Bobby Hebb prend alors sa guitare et compose « Sunny ».

Depuis, à force de la passer et la repasser comme une pommade, la chanson est pour nous devenue indolore, anesthésiée, télévisualisée, radio-crochetisée. On ne l’entend plus, elle est hostile comme une ex. Elle a disparu derrière des couches de maquillage. Sauf lorsque l’auteur, seul avec Ron Carter, la ressort de son écrin de 1966. En ôte les scories, les fioritures, les poussières. Elle brille alors de mille feux, dans le soleil que l’on croyait oublié.



Grace and complaints
5 juin 2011, 8:35
Filed under: Blues, Télévision | Mots-clefs: , , , , , , , ,

L’orage brutal flashe sur les toits. Dimanche s’endort interminablement. Mon frangin est laid, grince dans son harmonica et se plaint sans arrêt. Il sent l’eau de Cologne et la cigarette. Mais il a de la grâce en s’avançant, son instrument dans sa grande main tordue et son rictus édenté offert aux belles femmes qui, sobres, sont encore lucides. Mon frère Sonny Boy Williamson se plaint des frangines. Je me tais.



Old precious rubbish

Dans le grenier, un matin d’ennui, il trouva sa visionneuse de diapositives, un vieux cadeau qu’il avait oublié depuis que sa grand-mère était morte, un après-midi, des années auparavant. Sans doute, avec les petites automobiles beiges Simca qu’il faisait naguère rouler droit sur les marches de la cave, avait-il décidé idiotement, quelque part dans les brumes de son esprit d’enfant, qu’il n’y toucherait plus de peur d’y revoir les jours passés ou, au moins, des images qui lui sauteraient au visage et agripperaient son cœur pour ne plus le lâcher des heures durant. Alors, il l’avait rangé entre les tranches pelucheuses de vieux livres. Pourtant, ce jour-là, il cala ses yeux dans les manchons de plastique et actionna la mollette qui faisait tourner les vignettes. Dedans, il n’est pas sûr aujourd’hui, mais il croit qu’il vit ceci :



Adult party

Dès la vingt-septième seconde, elle saisit la mesure du génie et l’on peut voir, vraiment voir, la gifle versicolore frapper sa joue droite et faire pivoter son beau visage. Puis elle disparaît et les adultes prennent possession de l’espace. L’enfant, assise, les genoux repliés sur sa poitrine devant la famille Stone, se laisse enduire par l’esprit de Sly le faune, qui dévide sa pelote comme l’homme-orchestre, le bateleur de foire, le troubadour érotique qu’il est, « Hot Fun In The Summertime », « Don’t Call Me Nigger, Whitey » et « Higher », enchaînés l’un à l’autre comme une corde dorée sur laquelle on aurait tressé des rubans de couleurs criardes.



Irregular appearances

Le génie s’acoquine avec l’indigence, comme deux sœurs un peu sorcières que tout le monde fuit et qui dans leur splendeur gâchée terrorisent leur entourage. Mieux vaut pourtant ne pas se fier aux apparences.

Car quand il ne reste qu’une vieille moto et des allocations chômage pour toute possession, on peut toujours aussi bien rester le J.D. Salinger de la funk, disparu depuis toujours, reparaissant par intermittence pour terroriser les producteurs, s’évanouissant de nouveau dans les fumées mauves de sa propre légende. Oui, Sylvester Stewart, alias « Sly Stone », vit paraît-il aujourd’hui quelque part dans une baraque paumée de la très recluse Napa Valley, avec deux « assistantes » que personne n’a jamais vues et des procès en cascade. Lorsqu’il revient parmi les vivants, c’est pour se moquer de nous.

Il a ça, malgré tout, dans les poches : l’invention de quelque chose, mais quoi ?



The mighty sorcerer

Le garçon a quitté l’école qu’il fréquentait tant bien que mal à dix ans, en 1920. Son enseignement, il l’a reçu dans les rues de Dallas, dans les pas du Dallas String Band où se parents s’ébrouaient. A l’âge de quinze ans, il portait déjà une guitare plus grande que lui comme on porte un agneau à tondre. L’aveugle magnifique Blind Lemon Jefferson, à la table du dîner, l’écoutait avec ses yeux blancs. Métis d’Africains et de Cherokee, il avait déjà ce museau de renard qui s’est multiplié jusqu’à sa mort banale, en 1975 à Los Angeles, sur les pochettes de tous ses disques. Aaron Thibeaux Walker… Comment voulez-vous que dans ces parages on ne l’appelât pas « T-Bone », l’enfant du blues ?

De son propre aveu, c’est la guitare électrique de « T-Bone » Walker sur ce « Call It Stormy Monday » qui a poussé B.B. King à s’acheter la sienne et à ne plus la quitter. Chuck Berry, adolescent, cherchait dans ses tablatures les constellations de son érotisme. En 1970, Jimi Hendrix écoutait encore ses sortilèges, dans sa maison de Mayfair, avant de s’endormir éternellement dans les pulsations cérébrales du Vesparax.