Inner City Blog


Southbound

Je disais, il y a tout juste un an, tout le mal que je pensais de l’espoir. Mais l’impatience, c’est autre chose. Pour elle, le bonheur est vivable, là, dans la rue d’à côté. Le paradis approche toujours, avec ses toits de tuiles, son hérissement d’antennes dans le ciel pur, la grande mer accotée et les jardins de bougainvilliers au-dessus des murets. On prend la route et il apparaît entre les lacets. On n’y est pas encore et pourtant… Les vitres baissées, le vent tiède frappe comme un bourdon. S’installer n’est rien, c’est arriver qui comble.

C’est Al Green qui a allumé la mèche, avec ce « Simply Beautiful » qui est sans doute l’ultime soupir d’amour viril. Hier soir, chez moi, le révérend a déplié la carte du Sud. Montré le chemin. Ouvert les nuages pour laisser passer le soleil du matin. La valise est faite. Comme Blaise Cendrars, il faut siffler son chien et viser la Méditerranée, notre grande sœur.

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Out of Addis

C’était bien avant les flaques de boue entre lesquelles zigzaguent, en ce mois de juillet d’agonie, les vieux taxis Peugeot 404 bleus et blancs d’Addis-Abéba. Avant les armées de nuages qui grondent sur la montagne d’Entoto, dans le lointain, avant de crever sur la ville. Avant l’été.

En ce temps-là, la radio nationale diffusait en boucle les chansons de Tilahun Gessesse, mort la veille d’avoir trop pleuré et fait pleurer les Ethiopiens. Le ciel de la capitale était blanc comme un châle de coton. L’amour battait dans les mains. J’avais le sentiment d’être accueilli chez mon frère. Mes amis célébraient leur deuil en chantant à tue-tête dans la voiture, le sourire aux lèvres et les yeux fermés, avec un plaisir primitif.

Cette fois, non, la nuit est tombée comme une pièce de monnaie dans une fente. Des déluges de grêle s’abattent soudain sur les troupeaux de chèvres cherchant à se protéger des phares des automobiles, sur le bord de la route qui mène à Kaliti. Les essuie-glaces balayent un cauchemar. Le minibus vide sent la fumée et le gasoil. Le petit homme à moustache au volant s’appelle Getachew. Il avait deux heures de retard et je l’ai attendu au milieu des abattoirs. Mes vêtements humides sentent la viande morte. Les mendiants pieds nus, entre les échoppes violemment éclairées, sont emmitouflés dans des couvertures mouillées. Une chanson de Mahmoud Ahmed passe à la radio.

Tout peut changer à tout moment, mais ne change pas.